Faire rougir un garçon est une noble entreprise.

Malgré vos cheveux gris et votre cravate sombre, malgré mon chemisier blanc et mes poignets trop fins, c’est moi qui vous ai fait la cour, ce soir-là.

Vous étiez sérieux et farouche, avec vos sourcils froncés et vos lèvres pincées. J’ai déployé mes trésors d’imagination pour vous arracher un premier sourire. J’ai servi le vin, veillé à combler votre appétit. Je vous ai fait parler de vous, doucement. J’ai dû me retenir de vous accabler de ma curiosité ou de mon désir pour votre austérité sage.

Je vous ai sans doute un peu flatté, c’est vrai, je le confesse. J’avais à cœur de parvenir à mes fins, ce soir-là. La flatterie fonctionne toujours, et je connais l’ego des hommes. J’ai été prétentieuse. J’avais décidé de vous avoir. Je ne voulais aucune résistance, uniquement votre abandon à mes pieds.

Je crois que j’ai fini par vous intriguer, malgré tout. Vous deviez vous demander pourquoi c’était vous que je voulais. Pourquoi une jeune femme s’était éprise de ce désir de vous faire céder. Je n’ai pas d’explication.

A l’approche du dessert, néanmoins, mon pied contre le vôtre était toujours négligé. Je lisais dans vos yeux le défi implicite. Fais-moi voir jusqu’où tu peux aller pour me donner envie de te baiser. J’aurais pu remonter ma jambe ornée d’un bas noir contre votre bassin et faire durcir votre sexe. J’aurais pu vous faire voir discrètement mes seins nus au détour d’une phrase. Mais je n’ai rien montré.

Le dessert a été servi. J’ai mangé ma crème brûlée d’une seule main et j’ai laissé la seconde se glisser sous ma jupe noire. Vous n’avez rien vu. Mais vous avez fini par comprendre. Mon regard implacable, ma bouche entrouverte négligeant parfois le sucre sur ma cuillère. Ma poitrine qui se soulevait plus rapidement. Mes réponses qui traînaient.

Alors, doucement mais sûrement, j’ai vu vos joues prendre une teinte rouge.

J’ai joui dans le silence de soupirs refrénés, les yeux clos, avant de vous adresser un sourire victorieux. J’ai savouré votre reddition en terminant mon dessert. Et lorsque nous sommes sortis pour cheminer jusqu’à chez vous, vous n’avez jamais tenu jusqu’au cinquième étage pour retrousser ma jupe et m’administrer la plus sévère des fessées, une main sur ma bouche pour ne pas ajouter mes cris aux claquements qui résonnaient déjà.

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Partie 3- L’exposition [à quatre mains]

F.

« Bien, tu as gagné, je bande ! Tu es contente ? Et maintenant que je suis en goguette, tu me fais une sucette, mon sucre d’orge ? »

« Ah non ! Ce serait trop facile ! Puisque tu te piques d’être un homme de lettres, tu as sûrement entendu parler de Lysistrata et la grève du sexe. Eh bien ! Tant que ce récit ne sera pas achevé, tu te contenteras de tes propres fantasmes. Laisse-moi écrire ! » Où en étais-je ? Ah oui … Décris-moi ton corps et ce qu’il y a dans ton esprit, veux-tu… ?” –

C’était, comment dire ?… J’ai dû mal à trouver mes mots, Tu sais, il faut d’abord que je te dise que tu aurais pu m’emmener au bout du monde. Quand tu me regardes, je fonds ! Ce n’est pas de l’amour que je ressens mais de la fascination, un désir si intense qu’il me vrille. Tu vas me rendre folle Bianca !

Bianca souriait sans rien dire.

– Quand tu as commencé à me caresser, j’avoue, je me suis d’abord crispée au premier attouchement mais ensuite tout mon corps est devenu électrique, à chaque pénétration ma respiration s’accélérait et dans ma tête, les images se bousculaient. Je me voyais dans tes bras en train de faire l’amour avec toi. J’avais envie de m’enivrer de ton parfum, d’enfouir mon visage dans tes cheveux, de t’embrasser et de mêler nos langues dans une danse infernale. J’avais envie que tu me griffes, que tu me mordes, que tu torture ma peau brûlante. Mes seins se tendaient d’impatience, mon sexe se liquéfiait . Je t’imaginais venir t’abreuver et me faire jouir, nos corps en fusion emportés par des spasmes sans fin. O Bianca, ne faire qu’une avec toi !

« Chut, tais-toi mon ange, viens t’allonger, laisse-toi aller » Toujours aveugle, je me laisse guider pour me retrouver sur son lit, écartelée, les poignets et les chevilles solidement aux pieds du lit. Ses premiers baisers m’électrisèrent. Bianca jouait avec moi, m’embrassant goulûment puis se retirant pour croquer mes seins avant de recommencer. Pendant combien de temps ? Je suis incapable de le dire. J’ai commencé à perdre pied quand de nouveau elle vint exciter les terminaisons nerveuses de mon anus, s’amusant à me voir se tendre à chaque intrusion. Je me sentais partir, sous ses mains, ses doigts, son souffle. A un moment je l’ai sentie se coucher sur moi, ses cheveux caresser furtivement mes seins puis sa tête se placer à mon entre-jambe. Sa langue se posa alors sur mon clitoris gonflé de sang et se mit à le lécher et à le sucer. Dès le premier contact, je suis saisie de tremblements incoercibles, comme si je ne contrôlais plus rien. Chaque centimètre carré de mon corps devenait une terminaison nerveuse qui ne demandait qu’à être stimulée jusqu’à l’anéantissement. Je ne savais plus où j’étais, le monde n’était plus que pure sensation. Tout mon corps s’embrasait sous ses caresses et ses mots. J’avais peine à respirer, c’était comme si l’air se raréfiait et devenait brûlant. D’un seul coup, tout explosa, un arc électrique me traversa de part en part. C’était comme mourir. Je suis revenue lentement à la vie, Bianca m’avait libérée de mes liens et me regardait avec tendresse

– « Alors mon ange, as-tu aimée ? »

O.

– Par pitié, dis-moi que le récit s’achève ainsi !

Il était dur, juste derrière moi. Je faisais la fière pour me donner l’illusion de mener la danse, mais cette plongée dans mes fantasmes m’avait rendue brûlante. Je serrais mes cuisses en frémissant, jalouse de mon héroïne de papier et de ses extases. Je débordais d’envie, et son sexe pointé était un appel à ma libération. Encore cruelle, je le cueillis entre mes mains pour le plaisir de le voir fermer les yeux.

– Je ne pense pas que ce soit une fin digne de ce nom, voyons ! Bianca n’a pas joui…

Consciente d’ajouter ses tourments aux miens, je me contentai de m’agenouiller devant lui l’espace de quelques instants pour attraper sur ma langue la goutte perlant de son désir. A nouveau debout, je l’embrassai chastement sur la joue alors qu’il me gratifiait d’un grognement insatisfait.

– Il va falloir tenir encore un peu. Mais ça en vaudra la peine, promis.

Je repris le clavier avec le goût de la récompense sur mes lèvres.

Je balbutiai quelques mots incohérents en la tenant contre moi, m’agrippant à ses lèvres et à ses mains comme une âme égarée. J’avais trouvé là un plaisir indicible. J’avais aimé dans le sens le plus pur être à la merci de ses mains et de sa bouche sans pouvoir contrôler la précision des caresses. Et à présent, j’aimais l’absolu de son regard sur mon corps.

“- Tu es si belle. Je te veux toujours nue et tremblante dans mes bras…”

Et j’y étais à présent, encore maladroite et hésitante sur la suite des évènements, émue de ces mots prononcés comme une vérité pure. Bianca saisit mon trouble et continua son travail de cheffe d’orchestre contre moi, me guidant avec patience et maîtrise. J’étais encore plus intimidée de la regarder dans les yeux à présent qu’elle m’avait vue si brute et si libre. Je lui abandonnai ce contrôle et, doucement, je repris mes esprits en recouvrant la vue et la conscience de son corps.

Je flottais dans une tendre curiosité.

“- Maintenant, rallonge-toi sur le dos. Comme ça, oui. Serre bien tes cuisses et lève un peu la tête. Je veux que tu me montres ce que tu sais faire. Embrasse, lèche, suce. Je veux jouir.”

Tout était ordonné et clair. Et pourtant si sensuel que mes cuisses demeuraient obstinément humides. Une jambe de part et d’autre de mon visage, et je me retrouvai avec la bouche à la hauteur de sa vulve. Son odeur entêtante m’envahit et je posai mes mains sur ses fesses pour la faire venir tout contre moi. Elle était presque assise, m’offrant son plaisir, ondulant contre moi. Je glissais mes doigts là où je pouvais atteindre chaque parcelle d’humidité. J’avais les lèvres rouges et le menton plein d’elle.

Je la fis se goûter avant d’insinuer mes doigts en elle, par là où elle m’avait si aisément fait capituler et sur son clitoris gonflé pour me rassasier de ma vue sur son ventre et son visage d’extase.

Si proche d’elle, je repensais aux photos de l’Exposition, et il me sembla comprendre soudainement ce qu’elles représentaient dans tout leur abandon et leur dévoilement total. Si j’en avais eu la possibilité, en cet instant précis, j’aurais photographié cette scène, et son sexe presque béant posé contre ma peau. Et j’aurais pu revivre la première jouissance qu’elle m’offrit alors, en se cambrant et en se tendant de tout son être dans un mutisme brutal et complet.

Les yeux grands ouverts d’émerveillement, je lus la concentration puis la surprise muette du plaisir, le « o » de sa bouche. La tête basculée en arrière, elle resta ainsi de longues secondes avant de se glisser contre moi et d’attraper mes mains. Front contre front, nous laissâmes le silence s’éterniser.

Égarements d’une nuit

Tu es belle, tu sais. Montre-leur.

Je suis juste là. Ils ne le savent pas, toi si.

Je t’observe, je ris aux éclats de ton manège.

Fais comme si.

Fais comme si tu le faisais pour eux.

Regarde leur désir, il est facile. Il est brut.

Ils te voient. Tes seins sous la dentelle transparente.

Ils espèrent que ce téton insolent se dresse sous leur audace.

Souris, joue avec moi.

Soulève ta jupe, encore.

Fais-la tourner et remets tes cheveux en place.

Quand tu tournes, je suis là. Au coin de la rue.

Oh, tire-moi la langue et fais la fière.

Offre-toi.

Mais tout à l’heure, ma belle…

Tu seras dans mes bras.

Il n’y aura ni dentelle, ni jupe, ni rue.

Juste ton âme qui hurle.

Que tu es toute à moi.

Internat pour jeunes filles – Partie I

Lorsque j’arrivai dans l’internat où je demeurais quelques jours, pensant me trouver en compagnie de mes camarades des deux sexes, la mention « Internat pour jeunes filles » à l’entrée de la grande propriété me surprit. En passant les premiers bâtiments de brique rouge, valise en main, je croisai du reste une petite chapelle surmontée d’une croix. L’ambiance promettait d’être studieuse, et ce n’était pas un mal. J’étais venue pour passer un concours, ce qui nécessitait indéniablement un environnement calme et sérieux. On nous expliqua que, malgré nos âges, les hommes demeureraient dans un bâtiment séparé puisque les lieux devaient rester non-mixtes le temps de la fin du mois de juin.

A l’étage, je m’installai dans une petite chambre individuelle et remarquai les douches communes, vestiges d’un autre temps. En bas, dans la salle de travail, je retrouvai l’ambiance de colonies de vacances et fis la connaissance de mes camarades féminines. Souriantes et rassurantes, je me laissai apprivoiser par elles malgré mes résistances habituelles aux groupes. J’avais un œil sur mes révisions tout en discutant allègrement de nos études, des attentes et inquiétudes de chacune à l’idée des épreuves qui nous attendaient. Je trouvai rapidement en elles des compagnes chaleureuses, et nous avions toutes besoin de nous détendre pour nous changer les idées.

Le soir venu, j’attendis volontairement une heure tardive pour aller à la douche, désireuse de retrouver un brin de solitude. Nous étions peu nombreuses et il avait été convenu presque tacitement que nous respecterions la pudeur des unes et des autres en attendant notre tour pour profiter de l’eau chaude. Je n’avais pas d’épreuve le lendemain, je pouvais donc me permettre de veiller un peu tard. En entrant dans les douches, j’entendis le bruit de l’eau qui coulait et me retrouvai face à une jeune femme brune aux cheveux frisés dont je n’arrivais plus à retrouver le prénom. Surprise, je me confondis en excuses alors qu’elle me faisait face sans paraître outrée de mon intrusion soudaine.

Ah, ne t’en fais pas ! J’ai bientôt fini et il est tard, ça ne me dérange pas.

J’hésitai, maudissant mes joues de rougir si facilement à chaque situation qui me mettait mal à l’aise et concentrée pour ne pas laisser mes yeux dévier des siens. Curieusement, la seule chose qui me décida à faire fi de ma pudeur fut d’avoir entraperçu entre ses cuisses une toison sombre et libre. Cet unique fait me donna l’impression que son regard sur mon corps ne pourrait se faire ni juge ni négatif, et j’eus envie d’imiter son assurance. Je me déchaussai et fis quelques pas sur le carrelage humide, déstabilisée face à son sourire sincère. J’ôtai ma robe et ma culotte rapidement.

Oui, tu as raison. Pas de soucis, nous sommes toutes pareilles après tout !

Je détestai l’hypocrisie et la fausseté de cette phrase à l’instant où elle franchit mes lèvres. De toute évidence, nous ne l’étions pas. Il n’y avait aucune commune mesure entre son corps et le mien. Elle était grande et fine, presque athlétique, avec des seins menus aux auréoles plus sombres que le reste de sa peau déjà bien plus colorée que la mienne, encore trop pâle d’avoir ignoré les appels des siestes au soleil. Mouillés, ses cheveux tombaient encore plus bas le long de son dos. A l’opposé de la petite pièce, je frottai mon ventre plein de rondeurs, mes seins lourds avant de glisser furtivement un peu de savon entre mes cuisses. J’étais presque lisse.

Non, décidément, nous étions différentes. Assez différentes pour que je fusse envahie d’une curiosité innommable et envahissante, qui me poussait à trahir sa pudeur d’un regard intrusif dès qu’elle avait le dos tourné.

Les douches s’emplissaient peu à peu d’une vapeur d’eau chaude, qui me sembla rendre cet instant doucement irréel. L’espace de quelques instants, les yeux ouverts face à elle, une pluie de fantasmes se succéda dans mon esprit jusqu’au moment où je compris qu’elle s’était retournée après avoir fini de rincer ses cheveux. Je suspendis ma main droite qui s’apprêtait à appuyer sur le bouton de la douche, et il n’y eut plus que le bruit des dernières gouttes d’eau qui ruisselaient le long de nos hanches et de nos lèvres.

Elle fit un pas en avant vers moi. Je reculai. Son prénom réapparut dans mon esprit brusquement.

Garance… Pardon, je ne voulais pas…

Je chuchotai son prénom. La chaleur de l’eau retombait et je me mis à frissonner. Alors qu’elle continuait à avancer vers moi, je perçus à nouveau son sourire amusé. Il n’y avait aucun doute et aucun trouble dans ses yeux. Lorsqu’elle fut à quelques centimètres de la pointe de mes seins, je m’aperçus que j’avais bloqué ma respiration.

Elle jouait.

Très lentement, elle attrapa ma main avant de la porter à ses lèvres et suça trois de mes doigts, un par un, sans jamais lâcher mon regard. Mon monde se liquéfia. Puis elle enroula une serviette autour de sa taille et sortit de la pièce, me laissant abasourdie et seule, avec pour seule indication mes doigts humide de sa salive.

Contre le carrelage blanc, je camouflai mes soupirs avec le bruit de l’eau alors que je me mettais au supplice de trois doigts dociles.

A genoux, saisie par le plaisir, j’oubliai la chapelle, les hommes, mes cahiers de cours et toutes mes certitudes. Je jouis d’elle et de moi en un doux blasphème.

Partie 2- L’exposition [à quatre mains]

F

« Alors qu’en penses-tu ?  C’est un bon début pour accrocher le lecteur ? »

– “Oui…. mais…”

” Quoi ?”

” On ne sait rien des personnages.  Présente-les, il faut que tes lectrices puissent s’y identifier. C’est le b.a.-ba  du métier d’écrivain.  Je te rappelle que la cible que l’on vise, ce sont  toutes les femmes qui se sont amourachées de Christian Grey.  Mais cette fois-ci elles vont vibrer pour un amour impossible entre deux  lesbiennes. Alors garde à l’esprit  la recette à appliquer : un tiers de romantisme, un tiers de rêve et un tiers de sexe.  Maintenant, je peux écrire l’histoire à ta place.”

“Ah non chéri,  c’est mon texte ! A toi de me dire s’il t’excite”

“Oui…  mais  j’aurais décrit autrement  leur rencontre, et pas autour d’une bière !”

“Et comment monsieur  je sais tout ?”

“Et bien, par exemple : ”

Un an avant, dans un bar…

A peine entrée je l’avais aperçue : une silhouette longiligne, un teint diaphane, des cheveux d’ébène. Quand elle riait aux éclats, tout son visage s’illuminait. Captivée, je ne pouvais m’empêcher de la dévisager, de la dévorer du regard. Nos regards se croisèrent  et  je crus voir une lueur de tristesse dans ses yeux. Elle me fixa un court instant, puis se détourna en direction des toilettes et d’un seul coup je me décidai à la suivre  sans vraiment réfléchir. Je la retrouvai devant les lavabos. J’eus le temps d’admirer son visage angulaire qui se reflétait dans le miroir éclairé d’une lumière vive. Elle se rapprocha de moi, les yeux brillants  et  me saisissant  par la nuque et la taille, elle se colla à moi et m’embrassa avec fougue. Je sentais la chaleur de son corps, sa lourde poitrine collée à la mienne, j’accueillais ce baiser comme un don du ciel, nos  langues mêlées. Elle caressait mon dos, sa main  descendant par étapes vers mes reins. Je frémissais, j’avais l’impression que mon sexe se liquéfiait. Elle se frottait à moi tout en continuant à m’embrasser. Je devenais une boule de feu, mes jambes semblaient me lâcher. D’un seul coup, elle relâcha son étreinte, elle me regarda le regard empli de tristesse, me caressant les cheveux d’une main. J’ai cru un instant qu’elle allait pleurer. J’allais lui parler mais elle m’en empêcha en me posant un doigt sur la bouche et disparut.

« Alors qu’en dis-tu ?  Pas mal hein ?»

O.

Alors qu’il me regardait avec orgueil, je levai les yeux au ciel.

“Il faut vraiment être un homme pour écrire ce genre de choses sur les femmes…” soupirai-je en relisant sa description. Pourquoi fallait-il que toutes les femmes fussent les mêmes ? Grandes, mystérieuses, pourvues de longues jambes et de gros seins, sensibles à l’excès à toutes formes d’émotions.

A mes yeux, la tristesse de la femme décrite était hautement agaçante. Je n’avais pas envie d’écrire la sensualité plate de deux femmes qui minaudent et soupirent en se contentant de frôlements doux.

“Tu es sûr ? Le public aime vraiment ce genre de choses ? Aucune femme n’agirait comme ça…”

Je tapotai du pied sur le sol, agacée. L’homme à mes côtés n’avait aucune idée de ce que pouvaient désirer les femmes et de leur manière de se comporter, entre elles et loin des hommes.

J’avais ce souvenir flou d’une femme semblable à Bianca, nue et allongée, la tête sur mes genoux et ma main sur sa gorge pendant qu’elle s’affairait de ses mains sur son clitoris gonflé.

“Bien sûr que le public aime ça. Fais-moi confiance !”

Son arrogance me donna la soudaine envie de plaquer ma main à hauteur de son sexe, au travers de son pantalon. Un brin moqueuse, je constatai qu’il ne bandait pas. Preuve ultime s’il en était. Il se prêta au jeu. J’ôtai à un à un ses vêtements, il me mit à nu et je m’installai face à l’écran d’ordinateur tandis qu’il restait debout derrière moi.

“Je vais te montrer ce qui est vraiment excitant, mon cher. Tu vas bander.”

Et j’écrivis avant de lire à voix haute chaque mot d’une suite de l’histoire, attentive à ses réactions.

Bianca me déshabilla avec une lenteur calculée, et il me sembla qu’elle s’amusait de me voir frémir d’incertitude. Lorsque je fus nue, elle posa un doigt sous mon menton pour me faire relever la tête, une main contre mes reins pour me redresser et me faire tendre la poitrine. Elle écarta mes cuisses. Son souffle contre mon oreille m’ordonna de rester ainsi.

Je cessai de bouger. Un bandeau vint obscurcir ma vision et je fus un instant soulagée de ne plus voir se poser sur moi son regard inquisiteur. A la place, je sentis qu’elle glissait une main sur mes fesses. Voyeuse, elle les écarta et je suis sentis un doigt se poser contre mon entrée. Je rougis et laissai échapper un soupir de surprise, confuse. Je n’avais pas l’habitude de ce genre de caresses.

Et elle, joueuse, s’évertua de longues minutes à branler mon cul qui s’ouvrait sous son doigt. Elle ignorait délibérément ma vulve frémissante, mais m’entrouvrait délicatement en alternant des caresses proches du massage et des va-et-vient de plus en plus profonds. Je découvrais la possibilité de ce plaisir jusqu’ici inconnu et presque interdit, envahie par son impudeur. Je me troublai, me cambrai sous la surprise quand je la sentais franchir une étape supplémentaire. De plus en plus penchée en avant, je me laissai aller entre ses bras.

Lorsque ma douce torture se fit finalement à l’aide de trois doigts intrusifs, qui me fouillaient et m’écartelaient, je me trouvais haletante, presque sanglotante de plaisir et de désir, frustrée et perdue, honteuse de me trouver ainsi réduite à cet orifice dilaté.

Bianca finit par mettre fin à ces prémisses. Elle enleva ses doigts mais me laissa le bandeau. Sa voix se fit douce, insidieuse, et je compris que ses mots n’étaient pas qu’une suggestion.

“Et maintenant, j’aimerais que tu me dises comment tu te sens. Décris-moi ton corps et ce qu’il y a dans ton esprit, veux-tu… ?”

 

Partie 1- L’exposition [à quatre mains]

F

« Tu es libre ce soir ? Je t’invite à venir avec moi à un vernissage. Tu verras, les photographies présentées devraient te plaire ».

Elle m’emmena dans une impasse où, au pied d’un immeuble ordinaire, avait été aménagée une galerie d’art connue des initiés. Il fallait descendre en sous-sol pour découvrir l’exposition. Arrivée en bas, j’eus le choc de ma vie. Sur de grands formats éclairés d’une lumière violente étaient affichées des photographies de femmes écartelées, au corps tendu à l’extrême, le sexe béant, les yeux souvent masqués, les bouches déformées par des boules forçant les lèvres.

Ces images brutales alternaient avec des gros plans de visages en extase numérotés : petite mort 1, petite mort 2. Une seule image mettait en scène un homme et encore… On voyait une femme nue quasi en position fœtale, le visage disparaissant sous une botte, ultime appendice d’une jambe masculine. J’étais à la fois mal à l’aise et attirée. Je me retrouvais dans les visages de femmes extatiques, leurs yeux révulsés. Ils exprimaient à leur façon cette  vague de plaisir qui me submerge quand je  perds pied. Mais j’étais heurtée par la violence des images. Surtout j’étais révoltée par ces figures attachées, soumises au bon vouloir d’hommes invisibles, cet acte volontaire ( ?) me paraissait impossible.

J’étais encore dans mes pensées quand Bianca me posa la main sur le cou et me glissa à l’oreille « Alors mon ange qu’en penses-tu ? ». Je lui ai répondu que j’avais du mal à comprendre comment des femmes pouvaient accepter d’être abaissées de la sorte. Sa réponse me surprit « Oui, je sais, au début, je pensais comme toi ».

« Viens, dit-elle, remontons, allons boire un verre, on va aller chez moi !»

O.

Une fois de plus, cette femme me surprenait. Depuis le jour où je l’avais croisée dans un café parisien, dans toute l’ampleur du cliché, elle avait exercé sur moi une fascination inconnue et troublante. D’abord parce qu’elle avait eu l’audace de poser sur moi un regard vrai et franc, de l’imposer au mien avec un sourire en coin sans dissimuler ses intentions. Ensuite parce qu’elle lisait un classique de la littérature russe, là, à ce café, les pieds dénudés et posés sur la chaise en face d’elle sans aucune consommation sur sa table. Elle portait un carré blond au charme désuet et une salopette en jean qui la rendait curieusement charmante.

J’avais aimé son insolence. Je ne connaissais pas les femmes mais j’avais eu envie de la laisser me faire découvrir son charme.

Quelques heures après notre première bière, elle m’avait embrassée dans une ruelle et j’avais passé ma main dans ses cheveux en l’appuyant doucement contre le mur. Insolente encore, elle avait mis deux doigts entre mes lèvres puis glissé sa seconde main sous ma robe. Sans réfléchir, j’avais joui en mordant ses doigts, sans pouvoir murmurer son prénom.

Je l’appelais Bianca, elle se plaisait à varier les surnoms affectueux qui me faisaient me sentir tendre.

La provocation de cette exposition ne me surprenait pas de sa part, mais elle me plongeait dans plusieurs réflexions curieuses et contradictoires. Son corps contre le mien associé à ces images extrêmes provoquaient dans mon ventre une excitation sourde. Dans le même temps, les principes du consentement, de fierté et de force féminines résonnaient à mes oreilles. Je ne comprenais pas.

Mais l’inconnu rend curieux et devient souvent séduisant. Frappée de curiosité, donc, et d’une légère crainte, j’acceptai volontiers son invitation en me réjouissant par avance d’une discussion animée sur le sujet et autour de son expérience.

Et en effet, nous échangeâmes quelques minutes, explicitant certains concepts et les principales théories. Je l’écoutai, concentrée, mais me perdant parfois quand elle appuyait son propos d’une caresse sur ma cuisse ou d’un baiser soudainement gourmand. Alors qu’elle mordillait mon cou, je lui glissai à l’oreille qu’elle était belle. Je ne résistai pas à l’impertinence réjouissante dans sa voix lorsqu’elle me demanda :

“Voudrais-tu me faire confiance, ce soir, et me laisser te faire découvrir certaines de ces choses ? Je m’assurerai que tout se passe bien, tu n’as rien à craindre. Je ne ferai rien contre tes envies, et je veillerai à ton plaisir”.

Cette douce promesse et la flamme dans son regard bleu me firent céder. Je hochai la tête doucement, confirmant la confiance que je remettais entre ses mains. Légèrement inquiète mais curieusement impatiente, j’espérais en apprendre davantage sur ses goûts et la manière de la faire vibrer.

Bianca me fit relever du canapé en me tenant par les poignets et je me retrouvai face à elle, intimidée, le souffle coupé face à l’intensité de son regard contre le mien et à la simplicité brûlante de ce contact…

L’ennui.

Mon pire ennemi est et demeurera l’ennui. Il guette souvent, et encore plus le dimanche, quand je reste sous la couette et que mon esprit refuse de se faire docile. Il imprime à mon corps des mouvements lents, presque passifs, de ces gestes obligatoires qui se font hors de toute conscience. Je ne suis pas à ce que je fais. Préparer à manger, réviser, répondre à quelques échanges amicaux. Tout cela m’ennuie. Et l’ennui me submerge.

Il y a ce voisin qui s’acharne sur les mêmes touches du piano depuis de longues minutes, les va-et-vient des passants que j’entends par la fenêtre ouverte. Et cette sensation désolante, effrayante mais pourtant éphémère -et je devrais le savoir- que rien ne pourra attirer mon attention et me sortir de ce mutisme de frustration.

Car je suis seule, il me semble que mon esprit ne sait se construire qu’avec l’autre, en miroir des pensées d’une autre âme. Sans cet autrui salvateur, je ne suis qu’une coquille vide. Je n’ai jamais vécu seule, je crois en être foncièrement incapable, et pourtant mes envies de liberté et d’indépendance ainsi que mon ego de femme libre aimeraient conserver cette illusion que je sais être moi, seule.

Mais ce n’est pas le cas. Quand je suis désœuvrée, ou seule et que je ne parviens pas à m’occuper, mon existence semble rétrécir et se vider de sens. C’est une certitude effroyable. Je suis là sans l’être, tout à coup plus rien n’a d’importance. Pire encore, le sens s’évanouit, et je ne sais plus retrouver quoi que ce soit de significatif dans ce qui m’entoure.

Ce quotidien me terrorise. Il me faut quelqu’un pour donner du sens à cela, pour prendre mon âme dans ses mains et y insuffler quelque chose d’utile.

Si je garde la nostalgie de mes années littéraires au sortir du bac, ce n’est pas par élitisme plaisant. C’est parce que durant ces longs mois, j’ai été remplie de sens à chaque minute de chaque jour des savoirs et de leurs merveilles. J’avais la vie paisible et rassurante des livres et des professeurs qui guident les journées et les comblent. J’avais la fascination et l’émerveillement de tout. Cette vie millimétrée et rassurante dans l’épanouissement et la satisfaction de donner le meilleur de moi. Et de faire ce que l’on attendait de moi.

Ce moi s’est dilué. Il erre sans se connaître, car il ne peut naître que de la confrontation avec ces autres âmes qui animent, provoquent, explosent, énervent, obligent à réagir. Ces belles âmes qui chassent l’ennui, dangereuses mais désirables, qui nourrissent l’esprit et le corps de leur lumière et de leurs ombres intérieures.

Fin – “La liberté, c’est la faculté de choisir ses contraintes” (A quatre mains)

F

Quel spectacle, cette jeune Catin, le cul rougi, l’anus dilaté et frémissant, le sexe dégoulinant de cyprine. Il me faut immortaliser la scène. Je fouille dans les affaires de la donzelle à la recherche de son téléphone. Le voici et évidemment, il faut un code pour le déverrouiller. Je lui enlève son bâillon-boule le temps qu’elle énonce le sésame.

– Jeune catin, je veux que vous conserviez un souvenir de cette séance. Vous pourrez ainsi vous caresser en regardant les images, comme la jeune fille pas très sage que vous êtes.

Le code appliqué, je peux user du téléphone comme bon me semble. Je prends les premières photos de ce cul royal impérial offert potentiellement aux voyeurs de la terre entière.

– Cela manque de couleurs, dis-je en regardant les premiers clichés. Quatre coups de cravache cinglent sur ses fesses déjà meurtries provoquant de sa part des rugissements étouffés par le bâillon.

– Là, parfait, reprenez la position jeune Catin ! Les stries rouges sur sa peau barrent horizontalement le nouveau jeu de photos.

– Demain, jeune Catin, vous serez fière de voir mon empreinte sur votre corps, vous regarderez avec regret ces marques changer de couleur avant de disparaître. Pensez à mettre quelque pommade adoucissante sinon vous ne tiendrez pas en place si vous devez rester assise longtemps.

Je m’enfonce de nouveau en elle, j’huile mon sexe de sa cyprine abondante pour mieux l’enculer. J’aime m’enfoncer dans ce puits sans fond et étroit. La jeune Catin vibre à chaque poussée. Je m’empare de ses cheveux pour en faire comme une longe et domestiquer cet animal sauvage. En une poussée tellurique, je me décharge en elle, la jeune Catin semble foudroyée, sa peau perlée de sueur est parcourue de frissons. La lente remontée à la vie s’opère alors que je reste accouplé à elle, chacun reprenant son souffle. Je me retire alors qu’elle a retrouvé son calme. Il est temps de lui retirer son bâillon et de la libérer de ses liens. Je m’allonge à ses côtés et je l’embrasse langoureusement comme deux amants heureux et apaisés.