Encordez-moi

Je suis certain que vous pensez comme moi. Notre petite rousse a du caractère, elle a beau se prétendre une soumise dans l’âme, cela ne l’empêche d’avoir de la suite des idées et de le faire savoir sur twitter ou ailleurs.

Cela faisait déjà plusieurs semaines qu’elle avait exprimé le désir d’être encordée.  Elle avait même choisi comme fond d’écran sur l’ordinateur commun la photographie d’une jeune femme enserrée dans des cordes de couleurs et suspendue en l’air. Je lui avais fait remarquer que ces parents venaient le week-end suivant et qu’il serait préférable de choisir un sujet plus neutre si l’on devait, en leur compagnie, rechercher des horaires ou consulter des sites marchands. Faute de mieux elle se contenta d’une photographie prise dans un port de pêche où trônait au premier plan un ensemble de cordes. Comprenne qui pourra  ! , me dit-elle de son sourire charmeur.

Olyse dut donc attendre quinze jours avant de connaitre sa première séance. Plus la date fatidique avançait, plus elle était excitée comme un boisseau de puces. Elle voulait tout savoir : quelles cordes j’allais utiliser, dans quelle position elle serait entravée, combien de temps allait durer la session, quelle tenue adopter…. Mes  réponses  étaient suffisamment précises pour la rassurer mais elles restaient incomplètes,  je souhaitais garder la  part de mystère qui convenait pour une initiation.

Je lui ai proposé de revêtir une robe légère à bretelles, ce qui lui permettrait, lui dis-je, de mettre en valeur ses belles épaules et sa peau laiteuse et je m’empressais d’ajouter qu’il était inutile de choisir une robe de prix car elle serait vite froissée.

Le jour dit, je dégage la pièce principale, Une fois le canapé replié et la table repoussée contre le mur, il ne reste que le tapis sur lequel est  disposé un jeu de cordes. Olyse, pieds nus, revêtue d’une  robe à fleurs jaunes et blanches, s’était agenouillée dans un coin, semblant se recueillir. Je la sais tendue, aussi me penchant vers elle, je lui  demande si elle se sent prête. Sa voix manque de fermeté mais son oui est net.

Alors lève-toi, lui-dis-je et viens  au centre du tapis. Croise les bras dans le dos et laisse-toi faire.

Deux tours autour des bras  avec la corde,  un premier nœud, la séance est lancée avec cette alternance de cordes en tension et d’attaches soigneusement testées. Olyse, toujours debout se retrouve le torse enserré, par quatre fois la corde est venue dessiner un  corset rouge vif, faisant jaillir ses seins.  Je ne sais pas ce que vous ressentez quand vous jouez avec les cordes, mais moi j’ai le sentiment de faire œuvre de création. Je recherche une forme d’esthétisme comme si je réalisais une figure d’ikébana, cet arrangement floral japonais.  Ce jour-là, Olyse est mon chef d’œuvre que j’ai cœur à réussir.

Mais iI est  temps de faire une première pause.. Que voulez-vous, l’esthète n’est fait que de bois !  J’embrasse goulûment Olyse, puis me plaçant dans son dos pour qu’elle se sente contre elle mon sexe gonflé, je caresse ses seins rebondis puis son sexe en jouant du frottement de sa culotte sur sa vulve. Olyse, les yeux fermés, gémit de plaisir au fur et à mesure que sa culotte s’humidifie. Au moment où je sens qu’elle ne va plus pouvoir tenir sur ses jambes, je l’invite à s’agenouiller. Revenu devant elle, mes doigts glissés dans son sexe, je l’accompagne dans la montée de son  orgasme, ma bouche sur ses lèvres en guise de bâillon. Puis lui laissant à peine le temps de se remettre de ses émotions,  j’impose à ma douce prisonnière une fellation. Ne dit-on pas que « plaisir non partagé n’est plaisir qu’à moitié » ?

Repu, je passe à la deuxième étape : immobilier complètement Olyse. Je l’invite à se mettre sur le ventre, les pieds relevés. Je peux alors lui attacher les chevilles à double tour et tendre la corde en la fixant aux brins qui enserrent ses bras. Le corps d’Olyse prend alors la forme d’une arche inversée.

Tu es belle ainsi, dis-je en prenant des photos avec son smartphone et j’ajoute : Tiens, cette photo je vais la mettre en fond d’écran.

Ah non ! s’écrie Olyse.

Pas de discussion, je ne veux pas t’entendre.

Et pour faire bonne mesure, je lui impose le port d’un bâillon-boule.

Ne bouges plus, tu es magnifique ! Encore une photo et ce sera parfait !

Tu pourrais quand même sourire Olyse…

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Vraiment Trois.

Il faut que tu comprennes, Bel ami, que désormais tu es perdu. Tu t’es jeté entre nos griffes avec ta dévotion tendre et naïve d’homme pour nos corps de femmes, et nous t’aimons à notre manière de déesses. Regarde-la, capricieuse, elle veut déjà mordre tes lèvres et tu es son offrande que je lui donne. Je veux son plaisir et le mien, égoïste, qui est celui de la voir se donner à toi.

Embrasse-la. Je veux ses lèvres rouges et son souffle court lorsque je la cueillerai à mon tour entre mes bras pour la dévorer plus encore. Écoute ses suppliques et connais ses désirs. Il faut t’apprendre, je crois. Regarde, il faut la mettre à nue et l’écouter. La regarder aussi. Elle est la plus précieuse. Et si tu l’embrasses ici, elle frémit. Sens, il y a sa gorge et son parfum et l’odeur de sa peau. Tout se mélange. Il faut quatre mains et deux bouches pour la recouvrir.

On joue ? Tu peux te perdre dans son regard de Reine assoiffée de nous. Et moi je suis liquide. Offre-moi à ses caresses, ses mains réclament et ses lèvres. Mais c’est elle encore que je vais toucher à m’en mouiller les doigts. Regarde comme elle s’ouvre, compte avec moi. Elle ferme les yeux. Tu veux lécher ? C’est la joie pure et sincère qui goutte. Viens que je t’embrasse maintenant.

Tu es dur et brûlant, je vais la guider sur toi et c’est moi qui tiendrai ses cheveux. Tout concourt à ta jouissance car c’est ainsi que nous l’avons décidé. Si son ventre te mène au bord du précipice tu goûteras ensuite à ma bouche. Je me fais vorace, il y a sur toi les traces d’elle. Dis-lui que tu veux ses lèvres, aussi. Tu peux avoir ce plaisir mâle de nos corps à tes pieds quelques instants. Mais c’est nous qui te ferons rendre les armes, ne te leurre pas mon Bel ami.

Et comme tu t’es déversé dans nos bouches, à présent regarde-nous. Tu vois nos doigts qui s’agitent et nos chairs qui ne se laissent pas. Je vais te montrer comme je jouis quand je lui appartiens et t’apprendre comme elle crie quand je l’abandonne au plaisir. On ne te quitte pas des yeux, demain ce sera ton tour.

Lettre #2

Ma chère Anna,

Je t’écris depuis mon lit, je suis malade en plein été ! C’est à n’y rien comprendre mais cela me fait une excuse pour prendre le temps de t’écrire malgré les maux de crâne et la fatigue. Je suis chez mes parents et profite du jardin. Je me souviens de ce que tu m’as dit autrefois lorsque nous parlions des fleurs ; il faut simplement les aimer, et cela suffira à les rendre belles et fortes. Alors j’essaie.

Tu es une fleur aussi, Anna. Pas une rose, j’ai retenu ! Tu ne peux pas être si commune ! Pour toi, c’est la pivoine, on le sait. J’arrête mes métaphores de fausse poète, promis. Juste un dernier fruit pour toi, en plus de la mangue. Les grenades, de Paul Valéry. Je pense que tu connais déjà mais ce n’est rien !

Dures grenades entr’ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !

Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-bâillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que l’or sec de l’écorce
À la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.

Je veux pour cette fois une lettre plus légère, qui passe la barrière de la tristesse, et parce que je veux des sourires sur tes lèvres.

J’ai quitté Nice et la propriétaire de l’appartement. Tu l’aurais adoré ! Tout en blanc et en gris clair, avec une jolie terrasse. Mais tu aurais fait la même tête que moi devant sa bibliothèque et sa chambre. Fifty Shades et Twilight, sans compter un livre pour découvrir l’énergie sexuelle féminine rempli de clichés sur la féminité. On l’aurait parcouru en riant. Les pénétrations sexuelles se comptent par 9 et doivent varier en intensité. Tu es priée de compter la prochaine fois. Elle avait aussi laissé un masque rouge qui dépassait d’une boîte et tout un tas de sous-vêtements affriolants. Il y avait une photo d’elle et de ses seins dans la salle de bains.

J’ai donc quitté la mer presque en même temps que tu es partie, et les vagues se transforment en remous pour l’esprit. J’ai retrouvé un lac plus paisible et son calme plat, un soleil moins vif. Le mois d’août sera plus propice à l’écriture. Je promets de te submerger de mots !

Sois heureuse et ne cesse jamais d’écrire.
Laisse-moi t’embrasser juste un peu, pour que je puisse retrouver la mer sur ta bouche.

Bien à toi,

Ta O.

Les bleus dans la mer

Je ne sais pas dire ce que représentent les vagues. Je sais juste que pendant quelques heures de quelques jours, elles ont été mon seul abandon et ma joie la plus pure, en ce qu’elles ont d’implacable et de profondément ludique. On ne lutte pas contre la mer, c’est vrai. C’est un poncif. Mais elles ont cette manière de bercer et ce mouvement régulier, surtout. Cela les rend prévisibles et rassurantes malgré tout, dans leur cycle. Après quelques minutes, je sais précisément où je dois positionner mes pieds et ma tête pour être agréablement balancée ou projetée sur le rivage, éclaboussée ou enfoncée sous l’eau jusqu’à m’en brûler les yeux.
Moi, je fais ça avec le même sourire que celui des enfants qui jouent en criant, et je suis l’innocence dans les yeux des parents qui veillent sur la plage.
Mais ma joie n’est pas exactement similaire. Elle s’accompagne de la douleur qui me saisit aux pieds, aux genoux ou aux cuisses lorsque la mer fait cogner ma peau sur les galets gris, à l’endroit où il ne reste presque plus d’eau. Elle naît quand mon corps se balance et se perd sans savoir où va cogner le sol au prochain coup, quand à force des jeux qui se répètent les sensations s’amplifient. Je pourrais jouer des heures, à m’en faire mal encore. J’offre ma peau à la force de la mer, pour ensuite l’offrir au soleil qui révèle les rougeurs, presque des coupures, et les bleus qui affleurent à la surface.

Lettre #1

Ma chère Anna,

Il est 7h47 et je suis allée faire un tour sur ton Bréviaire au petit jour, avec l’espoir d’y trouver un nouveau texte. Tes mots me manquent et je dois me faire à l’idée qu’il ne reste plus que les miens. Je dois me faire à l’idée de beaucoup de choses. Le quotidien perd de sa saveur sans toi. Je suis allée au marché hier, j’avais envie de t’écrire que je me suis brûlé les doigts en voulant manger trop vite ma socca et lire ta légèreté au sujet de ma gourmandise.

Je suis revenue sur terre, et le retour est douloureux. J’aimais nos folies. Je suis encore excessive, dans la peine cette fois…

J’ai ta carte postale dans un coin de ma valise sans savoir si je pourrai te l’envoyer un jour, mais j’ai promis. Elle te parviendra, même si cela doit attendre des mois. Au musée de la photographie, j’ai acheté un petit livre avec des photos d’Helmut Newton car il avait inauguré la première exposition du musée. Les photos me font toutes penser à toi.
J’ai aussi des photos du musée à te montrer. Des «  néréides » à Nice pour une sorte de concours de beauté, un couple qui se rate du regard, des danseurs de rue !

Je ne m’explique pas totalement le besoin de cette lettre. Je m’inquiète pour toi, ne pas savoir comment tu vas est un trouble que je déteste. Hier soir, J. m’a offert ses mots de bonne nuit car j’étais triste de ne pas avoir les tiens. Il prend au sérieux ce que tu lui as dit à mon sujet. PP a une gentillesse pleine d’amertume que tu ne sois plus là. F continue de m’envoyer chaque jour une photo pour me souhaiter une belle journée. Je ne pensais pas que tu leur avais vraiment dit de prendre soin de moi…

Tu me manques. Il n’y a plus personne pour m’appeler Noisette.
Je songe que les derniers mots que tu m’as fait lire sont ceux du beauf à la plage et de son regard lubrique. Il faudra que je les accorde avec les miens pour les publier ici. Notre premier texte à deux ! Curieux n’est pas ?

J’ai acheté cet après-midi deux livres de Marguerite Duras en passant dans une jolie librairie, j’avais envie de lire et de te retrouver ainsi. Je vais lire à la plage en souriant, seins nus.

Cette lettre est totalement décousue, écrite dans la journée par morceaux, tu me pardonneras ? J’espère que ta solitude n’est pas trop lourde et que tu en profites pour écrire tout ce dont tu as besoin et envie pour ton roman. Je crois en toi. Toujours. Tu réussiras ce que tu entreprends. Ne doute pas de toi. Je t’écrirai encore.

Bien à toi,

O.

Chiennes.

C’est moi qui t’ai mise à nu, cette nuit-là, t’en souviens-tu ? Tu n’avais pas grand-chose, seulement tes souliers, ta robe, ton soutien-gorge et ta culotte. Je les avais enlevés en te grondant gentiment d’avoir osé enfermer tes seins et ta vulve. Mais je crois que tu voulais mes mains pour te parcourir quelques instants de plus, dans cet avant qui te faisait déjà trembler un peu alors qu’il regardait de loin sans que tu le saches. J’ai détaché tes cheveux et j’ai embrassé ton visage, doucement, pour te rassurer. J’ai aimé te voir nue sur le parquet. Et tes pieds qui cherchaient déjà leur place. Je t’ai amenée face au mur pour te faire pencher, mains en avant, jambes écartées. J’ai fait creuser tes reins d’une caresse. J’ai entendu ton souffle. Quand j’ai descendu une main sur tes fesses, par cette curiosité tendre mêlée de désir, tu les as tendues vers moi l’espace d’une seconde. Regarde, tu es déjà chienne. Puis j’ai ôté mes mains, parce que je savais que j’allais te rejoindre dans cette douce condition.

Cette nuit-là, j’ai été nue contre toi et notre abandon fut souverain. J’ai été ta compagne de souffrances quand le cuir a marqué nos chairs, l’artisan de ta douleur quand je t’ai maintenue sous le feu brûlant, la victime de ta complicité folle quand tu as serré tes mains sur ma gorge pour me faire taire. Nous avons été liées, en sœurs de cordes et de vices, par le corps et l’âme. Je n’ai jamais quitté tes yeux, et j’ai le souvenir de nos mains serrées à s’en faire mal, d’une douleur réjouissante qui nous a libérées, enfin.

Au petit jour, blotties sous les draps blancs, nous avons retrouvé le calme et j’ai compté une à une tes marques de bonheur. Puis, animale, j’ai léché le rouge et le bleu pour panser tes plaies avant de veiller sur ton sommeil…

Le musée.

Elle était entrée dans le musée, elle était clandestine. Il y avait le bruit des voitures, le monde sur la grande place, la chaleur étouffante de la ville et puis d’un coup, plus rien. Il lui semblait qu’elle n’avait pas entendu, vraiment, autre chose que le silence. Ses oreilles bourdonnaient de sa propre audace. Elle n’aurait pas dû être ici. Elle aurait dû être sous des draps connus et bien repassés. Mais elle avait fui le lit après l’aurore dans une robe fleurie comme l’étaient ses rêves depuis de longues semaines à présent.

La veille, elle avait envoyé un message en tremblant un peu.
Veux-tu m’attendre au musée dans la salle des statues à 8h demain ?
C’était un message simple, un peu maladroit.

Lorsqu’elle entra dans la salle, en avance, ce fut pour déambuler entre les sculptures aux drapés précieux. La pierre blanche et pure lui rappela quelques secondes sa propre noirceur avant de se faire l’echo d’une tendresse infinie. Plantée là sur ses talons devant un ange, elle emmêla ses cheveux en se demandant si elle avait bien fait de mettre ce rouge qui éclairait ses lèvres, celui qu’elles avaient acheté ensemble un jour pour rire. La question s’effaça devant le sourire d’Anna au milieu des statues.

Elle était venue, et sa beauté était neuve pour ses yeux qui la découvraient encore. Elle l’entraina un peu plus loin, dans leur coin, en la tenant par la main. Sa bouche aussi était rouge et elle voyait l’éclat de bonheur dans ses yeux. Entourées de beau et d’esprit, elle aurait voulu lui dire de ne plus jamais cesser de lui sourire ainsi, d’être toujours libre. Et d’être juste un peu à elle les jours où son cœur et ses cuisses le désireraient. Au lieu de cela, elle glissa ses doigts contre les siens pour les emprisonner contre son ventre comme pour demander la permission de plus.

Agenouillées près des statues, leurs esprits trop semblables s’abandonnèrent au baiser clandestin. Elle vola à Anna sa bouche pour la faire sienne et transforma le rouge en preuve obscène de leur aveu, étalée autour de leurs lèvres.

Brûle-moi.

Je sais dans ses yeux la jouissance extrême du contrôle qu’il a en cet instant précis. Il sait ma confiance absolue par ma gorge tendue.

Il attend et me regarde en silence. Briquet en main, bougie dans l’autre. Rien n’est allumé, encore. C’est le calme avant l’incendie, avant l’inconnu.

Je ne gémis jamais autant que lorsqu’il ne se passe rien, car y a dans l’attente une forme de pureté du lien que je chéris à chaque seconde passée en son sein. Et car dans le moment où la cire noire touche ma peau pâle, je ne gémis plus mais je crie. Je crie la douleur et le supplice que je sens venir sans pour autant pouvoir le préparer, quand sa main s’abaisse peu à peu, goutte après goutte, pour que la brûlure me morde sans m’abîmer.

Il y a dans ce geste tout le soin qu’il accorde à une esclave précieuse, et tout l’art de sublimer ma dévotion maladroite qui ne sait pas encore se contenir docilement. Elle a, encore, besoin des liens de cuir qui la maintiennent sur le sol pour l’empêcher de bouger, du bâillon qui restreint ses mots trop libres et trop fous. Il sait tout cela, et il sait comment dépasser chaque peur qu’il transforme de mon esprit en détermination brute.

Sur le dos, je suis presque toute entière prise dans cette matière qui sèche et contraint ma peau, des cuisses jusqu’aux seins. Et moi, brûlante et ouverte, quand la bougie s’éteint, je rêve à ma récompense de grands yeux ouverts qui ne le quittent pas. Mais je ne fais que rêver, et son regard prédateur s’en délecte. Je ne peux pas défier ses yeux sévères, insensibles à mes suppliques. Il se branle, jusqu’à venir toucher de son gland mes lèvres humides et s’y déverser comme une ultime humiliation qui s’affiche sur le noir.

Ma pluie

Nous sommes arrivées tard à la plage, les mains encore sucrées des glaces qui ont fondu parce que nous avons traîné à nous faire goûter nos parfums en riant. Noisette et pistache. J’ai volé un peu de ta chantilly et tu m’as adressé cet air outré si charmant que je t’ai laissé m’en voler à ton tour.

Et sur le sable, le temps commence à se couvrir. Face à nous, il y a cette étendue d’eau et cette plage presque déserte, qui ne portent aucun marqueur de notre époque et donnent presque l’impression que nous sommes remontées dans le temps. Il nous faut juste le temps d’ôter nos robes pour courir vers l’eau avec nos maillots déjà en place alors que j’attrape ta main en la serrant fort. Les vagues nous frappent de plein fouet, rafraîchissantes, et je te lâche quelques instants en fermant les yeux, sous l’eau, dans le silence.

En remontant à la surface, je suis accueillie par ton sourire. Tu me taquines sur ma frilosité habituelle, mais ce sont les autres qui sortent de l’eau. Ils craignent les premières gouttes qui forment de petits cercles à la surface de la mer. Et toi, au lieu de me proposer de sortir, tu glisses tes mains derrière ma nuque pour détacher le haut de mon maillot.

Quand la pluie commence à tomber, j’ai les seins nus. Tu me chuchotes que je suis belle quand j’emmerde la pudeur et les hommes. Il n’y a que toi pour remplacer chaque doute dans mon esprit par des certitudes implacables. Tu es une déraison à laquelle je veux céder depuis le premier jour. Je bois tes paroles, j’offre tes seins à la mer sans attendre. Et bientôt tout le reste. Notre nudité est liberté.

Les gouttes deviennent plus nombreuses et plus denses. Elles nous font frissonner dès que nos épaules quittent la mer et s’abattent sur tes cheveux, ruissellent sur ton nez. Elles nous font rire de bonheur. Il est idiot mais puissant, ce petit sentiment de braver l’interdit. Juste parce que c’est nous. Il n’y a plus personne.

Il n’y a plus qu’à se laisser flotter et dériver avec les vagues, ou nager contre elles jusqu’à l’épuisement. Lorsqu’il nous saisit, la pluie battante nous fait sortir de l’eau au plus vite pour trouver refuge sous la toiture de la petite maison de plage, toujours nues. Je tremble et tu frottes la serviette contre ma peau pour me sécher. J’essuie ton visage comme une excuse pour le caresser et nous restons blotties l’une contre l’autre. Je tremble et je ne sais pas si c’est le froid ou le désir brut de ta peau salée. Tes yeux me perdent et me trahissent, je balbutie. “J’ai envie de t’embrasser”. Une main sur ma joue. Tu m’exauces. C’est une nouvelle certitude, je la découvre sur le sable et toute en nuances liquides.