Vingt-quatre heures

Quel laps de temps faut-il au destin pour soumettre une femme à la tentation ?

Vingt-quatre heures précises.

Puisque tel est leur accord. Vingt-quatre heures d’abandon et de déraison pour les arracher au reste du monde.

Voilà la folie d’aujourd’hui dans l’univers empressé. Ce n’est plus de quitter un mari sur un coup de fête en contrevenant à toutes les règles de la morale. Ce n’est plus de refuser d’avoir des enfants au profit d’une carrière exemplaire. C’est à la fois bien moins et bien plus que tout cela.

C’est être une jeune femme sage avec plein de responsabilités et disparaître, vingt-quatre heures, pour prendre le risque d’aller à la rencontre d’un homme inconnu et lui donner tous les pouvoirs.

C’est être nue, vulnérable, dans une chambre fermée. Trembler un peu, mais lever le menton et soigner la force du regard en détaillant la chemise blanche et la cravache dans sa main.

C’est tenir son bras avant de se jeter au milieu des hommes sous ses yeux, cuisses et bouche ouvertes. Comme si ce n’était pas la première fois mais la suite d’un plaisir déjà connu et évident.

Les vingt-quatre heures du destin, c’est ne pas avoir encore conscience que la chemise changera de peau pour retrouver une odeur chérie, qu’il y aura de nouveaux hommes et puis que la cravache marquera d’autres recoins de la chair. Le jeu de la déraison, c’est finalement de commencer à entrevoir qu’il y aura peut-être d’autres vingt-quatre heures.

Les vingt-quatre heures de la vie de cette femme ne se racontent pas vraiment au dîner, entre deux convives déterminés à parler de la pluie et du beau temps. Ce serait prendre le risque de mille débats, outrages et cris sur cent concepts différents qui ne mettent jamais personne d’accord, parce que le consentement et la fidélité et la douleur et le sexe et le plaisir et la contrainte et la honte.

Bien sûr, il y a toujours des hommes qui veulent la sauver de ces vingt-quatre heures terribles où la raison a été perdue, mais à quoi bon ? Une fois la raison perdue, il n’y a plus d’intérêt à la retrouver. Il n’y a plus de scandale à faire en société ou sous le sceau du secret. Ces vingt-quatre heures n’appartiennent qu’à eux, elles sont précieuses. Il faut y voir des promesses hors du temps cette fois, qui ne se comptent plus en heures.

Les vingt-quatre débutent par la douleur brute, attendue, dans le contrôle pur. Elles s’achèvent par ce qui ne maîtrise plus vraiment, la tendresse. Et la certitude pourtant qu’il y aura peut-être besoin de quarante-huit heures d’une vie ou de tous ses multiples pour continuer à explorer la folie, le bien et le mal, la douleur et le plaisir.

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Petite conne

Je suis cette petite conne qui te sourit sans cesse, qui provoque les pires ennuis juste pour le plaisir d’en avoir plus et d’arriver au moment où tu décides d’effacer ce sourire puisque tu le veux, puisque tu l’aimes mais qu’il est cette provocation terrible et un doux affront. Parce qu’il se trouve qu’en plus de tout cela, j’ai le défaut terrible d’être ta petite conne.

C’est un jeu auquel je ne joue presque pas. Regarde dans mes yeux, tu le vois. Quand je les baisse, quand ils brillent, quand ils reflètent la crainte du coup, ce n’est pas pour de faux. Ce n’est pas pour te faire plaisir. Je méprise l’ego des hommes, l’ego des maîtres et de tous les autres, de tous ceux auxquels il faut faire plaisir et qui aiment croire qu’ils ont le pouvoir. Ceux qui veulent une jolie fille blonde vêtue de noir prête à offrir ses lèvres rouges et ses cuisses aux bas fins.

Si je me soumets, ce n’est pas ma servilité que j’offre, c’est un cadeau précieux que je dépose à tes pieds avec ma joie vraie et ma tendresse volage. Si j’ai parfois envie de tirer la langue alors que tu serres doucement ma gorge, c’est pour que tu sois fier de notre liberté et de nos dons. C’est pour que tu savoures encore davantage les moments de mon absolue obéissance, qui ne sera jamais feinte ni motivée par autre chose que le plaisir que nous en tirons ensemble.

Il y a dans le désir d’appartenance un jeu qui n’en est pas tout à fait un. Nous sommes trop intelligents pour en être dupes. Ou alors c’est un jeu très sérieux, parce que je suis sérieuse quand je dis que je m’offre et que je confesse mes envies brutes et folles que je ne sais pas encore gérer autrement que par mes caprices et mon ivresse de liberté. Je suis cette femme sérieuse et responsable, qui a mûrement réfléchi chaque choix et chaque mot. Et pourtant, je suis aussi cette fille aux airs trop enfantins qui n’a que ces mots à la bouche, « je veux ».

Je veux toi, et lui, et elle, et eux. J’en ai l’eau à la bouche, de ça. Et aussi, ce truc, là, fais-le moi. Montre. Encore. J’en ai envie. Oui, ça aussi. Plus. J’ai le droit de dire non ? Pour quoi faire ? Je sais. Je veux dire oui. Mes cheveux ? Oui. Mes seins ? Oui. Mon cul ? Oui. Mes lèvres ? Oui.

Je veux que tu me regardes, oui avec cet air-là que j’aime. Celui-ci aussi. Je veux que tu me demandes des choses, que tu exiges, parce que j’aime dire oui, toujours. Je veux tes mains, ta bouche, ton sexe, tes mots rudes et doux. Je veux tout, dehors, sur le palier de la porte avant ton appartement, dedans. Je veux que tu me fasses perdre la tête, je veux avoir mal, rire et pleurer dans la même minute. Dis-moi, je suis capricieuse ? Salope ? Esclave de mes désirs ? Lucide ? Libre ? Dis-moi que tu t’en fous, dis-moi encore tu es à moi petite conne.