Blason & Prétérition

Je m’exerce volontiers à tous les genres littéraires et mon penchant prononcé pour la bienveillance et les déclarations presque enflammées me fait régulièrement pencher pour l’éloge. J’aime mes amants, toi, toi, toi, toi et toi, toi aussi (oui, évidemment que j’exagère sur le nombre de « toi ») et toi qui ne me lis pas. Mais je me refuse à l’exercice de style que je lis régulièrement et qui consister en un blason de la bite de l’amant, de l’amour ou encore du maître.

Non, je ne glorifierai pas vos queues, aussi grosses ou merveilleuses ou douces ou sensibles ou belles ou dotées de leur intelligence propre (si, si, parfois on finit par le croire), ou aussi splendidement vigoureuses et magiques soient-elles.

Non, je n’utiliserai pas ce moyen vil de flatter vos egos en m’étalant en public sur le cumul extraordinaire des orgasmes obtenus de quelques coups de bites formidables, ni sur l’émotion provoquée, comparable à une grâce divine ou à une extase mystique.

Non, je ne m’étalerai pas sur toutes les qualités naturelles et surnaturelles de vos verges dans un vocabulaire dithyrambique en m’extasiant sur l’insigne honneur que vous me faites à chaque fois que votre vît daigne visiter ma chatte ou ma bouche ou forcer mon cul.

En revanche, je pourrais faire l’éloge subtil et égotique de mon clitoris et écrire à la gloire de mon plaisir à moi. Parce que, bordel, mon clitoris est beau, magique, doux, doué de son intelligence propre (mais si, puisque je vous le dis). Il est bien dissimulé entre mes chairs, rouge et dressé quand il réclame impérieusement toute l’attention qu’il mérite. Son fonctionnement vous semble parfois curieux, mais maintenant vous savez comme je cède vite sous les caresses que vous lui infligez alors que je ne me savais pas capable de vous laisser me toucher, vraiment, là.

Mon clitoris est moins évident que vos membres érigés mais puisque vous êtes mes amants, il m’est impossible d’insulter votre honneur en vous résumant à cet appendice, pour agréable qu’il soit. Ainsi, mon éloge pour aujourd’hui se résumera à cette dernière phrase -j’en chuchoterai d’autres un jour prochain-, vous ne pouvez pas être gâtés tous les jours.

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Ecris-moi

Il y a une chambre, du parquet clair, dans un coin une chemise roulée en boule qui sent le foutre. Plusieurs livres traînent sur les tables de chevet. Tout le mobilier est en bois. Un vieux papier peint est rose et défraîchi, quelques traces de scotch sur les murs et des étagères avec d’autres livres, des livres d’adolescents. Le lit est haut et il semble tout l’espace de la pièce, la couette est grise. C’est une chambre qui a l’air d’avoir une longue histoire.

La chaîne est attachée à une latte sous le matelas, reliée à ses deux chevilles puis à sa gorge exposée. Elle dort sur la couette, inclinée sur le côté droit, la tête légèrement basculée en arrière, nue, les deux mains agrippées à l’oreiller. Avec précautions, il a enlevé ses lunettes quand elle a plongé dans le sommeil. Il garde les siennes parce qu’il la regarde dormir, elle est belle et sereine. Il compte les marques. Les bleus à ses genoux et ses cuisses, les zébrures rouges nettes sur ses fesses, les griffures désordonnées sur ses reins et ses hanches, les points presque mauves sur ses seins là où sa peau a comme éclaté, la trace de ses dents sur sa nuque. Il se demande à quoi elle rêve. Il a ce corps à portée de main et un sourire flottant de cruauté sur les lèvres.

Il est tôt encore. La nuit sera longue à venir mais elle a besoin de répit. Il a promis de prendre soin d’elle, à chaque instant. Alors il veille à ne pas l’arracher au sommeil, dans sa tendresse intéressée mais sincère. Sur la table de chevet, il saisit un gros feutre noir préparé tout exprès. La pointe glisse tout doucement sur son flanc gauche, elle ne bouge pas. « Salope ». Sur son dos, le long de sa colonne vertébrale, il trace encore. « Tu es ma petite putain ». Sa respiration est lente, calme. Il tourne autour d’elle, « Ma soumise » vient orner sa clavicule juste au-dessus de ses seins. Les reins. « Truie ». La cuisse. « Bonne à baiser ». Il se dirige vers le ventre. « Chienne à enculer ». Et lorsqu’au creux de son poignet, il ajoute ses mots d’amour préférés, il ne peut pas voir qu’elle sourit tout en gardant les yeux fermés.

Lorsqu’elle s’éveillera pour de bon, elle contemplera les mots accumulés sur son corps et rougira à chaque découverte. Il lui dira comme elle est obscène et indécente, délicieuse à abuser dans son inconscience. Elle le traitera de salaud en l’embrassant et elle serrera son poignet avec le sourire qu’il aime, mutin et heureux. Il l’offrira à d’autres avec les marques et les traces de son appartenance et il la contemplera dans la fierté de sa possession. Il l’abaissera loin puis essuiera le foutre sur son visage avec une autre chemise. Ils contempleront ensemble les mots s’effacer sous l’eau puis ils dormiront pour de bon, l’un contre l’autre, dans la douceur des draps et la froideur des chaînes.

Gifles

Elle avait reçu plusieurs gifles, dans sa vie. Celles d’un faux presque maître auquel elle n’avait d’ailleurs jamais donné ce nom, qui avait fini par les considérer comme un moyen utile -quoique de dernière nécessité- de clore une discussion houleuse. Il en arrivait une de temps en temps, suivie d’excuses maladroitement formulées. Elle avait eu un peu peur quand elle avait commencé à avoir des mouvements de recul et d’anticipation.

Puis celles intenses et violentes de l’amant qui les faisait arriver sans les compter, dans le plaisir brut et libérateur car incontrôlé. Elle les avait aimées immédiatement, grognant, les joues brûlantes, mue par l’envie de répliquer et de se battre comme un animal enragé.

Elle découvrit le contrôle pur de deux gifles parfaitement maîtrisées s’abattant à gauche puis à droite un matin ensoleillé où elle sortait de la douche. Il ne lui tendait pas son peignoir. Elle mima la princesse contrariée. Puis ouvrit la bouche sous la surprise. Il n’était pas censé la gifler, il n’était jamais dans cette violence physique là envers elle, semblait même plutôt y répugner. Bien sûr, la surprise sur ses lèvres disparut immédiatement en un lent sourire. Fierté de soumise, naturellement. Il avait eu envie de le faire, elle lui avait donné envie. Elle avait pu voir le plaisir sadique sur son visage concentré, tourné tout entier vers ce geste précis.

A l’exact inverse d’elle qui s’ouvrait et s’offrait dans le plaisir de la douleur, quand le désir de faire mal s’emparait de lui, il se fermait totalement dans une frénésie qui ne s’exprimait que parfois par de légers tremblements. Son regard, alors, devenait presque effrayant et sa bouche se tordait alors qu’il serrait sa mâchoire en une promesse cruelle.

Les deux gifles revinrent plusieurs fois dans leurs moments de bonheur, toujours ce chiffre et le même ordre. Elle les reçut comme des gages de la confiance qu’il avait en elle, comme des cadeaux précieux à chérir.

Ode à l’amant idéal

L’amant idéal a l’accueil chaleureux, il sait me mettre à l’aise. Il pense toujours au plaid sous mes genoux quand il me fait sucer sa queue, ou à tenir ma tête pour que je ne me cogne pas contre l’accoudoir du canapé quand il m’y prend à quatre pattes. Un verre d’eau quand ma gorge fatigue d’avoir été usée par lui et eux, une clémentine glissée dans une poche pour lutter contre l’hiver.

Il se fiche de la couleur de mes sous-vêtements ou de la longueur de ma jupe, de mes choix de collants ou de mon absence de rouge à lèvres. Il ne m’en veut pas quand j’arrive en hâte pour un quart d’heure de baisers charmants et qu’il n’y a pas le temps pour plus, parce qu’il aime ma bouche. Je ne lui en veux jamais quand il n’a qu’une demi-heure à me consacrer, parce que trente minutes ça fait beaucoup de coups de reins délicieux.

L’amant idéal est un gentleman, il sait comment me baiser à la perfection et me demande toujours très poliment où je veux son foutre lorsqu’il est l’heure de partir. Il se préoccupe de mon plaisir à l’extrême, il a la langue joueuse et les mains baladeuses en toutes circonstances. Sa queue est toujours dressée pour moi, pour tout le temps qu’elle m’appartient. Il sait comment m’enculer pour me dire bonjour, et aussi pour me dire au revoir, parfois très lentement pour commencer mais toujours très fort pour finir.

Il ne demande rien de plus que la sincérité de mon corps sous le sien, la sincérité tout court. Elle est précieuse. L’amant idéal rend les choses simples, puisqu’il sait me sourire et qu’il prend tout ce que j’ai à offrir. Il me trouve belle nue, couverte de foutre et de celui d’un autre, belle aussi sous la douche lorsqu’il me lave les cheveux pour que je retrouve l’apparence qui convient au sortir de chez lui. Il sait trouver d’autres amants idéaux, qui ont eux aussi la politesse de m’offrir tout ce que j’aime. Nous partageons toujours, à deux ou plusieurs, jusqu’à l’épuisement délicieux des corps.

L’amant idéal a plein d’amantes idéales, plus belles et plus douces, j’aime sa liberté car elle le mène à moi, juste moi, de temps en temps, parfois, souvent.

(Je sais flatter ton ego, tu vois. C’est pour te mettre dans mon lit. On baise maintenant ?)

De l’art du surnom affectueux

Nous sommes passés maître et maîtresse il y a peu dans l’art des surnoms affectueux, de ceux qui gonflent l’âme à chaque mot susurré au creux des draps. Tous les adjectifs y passent, du matin jusqu’au soir, et nous mettons du cœur à l’ouvrage lorsqu’il s’agit de trouver de nouvelles douceurs à se murmurer au milieu des tourments du désir.

Nous sommes chers, tendres, beaux, doux, aimés, nous nous complimentons sur tous les tons. C’est un petit plaisir comme il en existe d’autres, il est un peu secret et cela lui fait garder son charme.

Mais quand le plaisir vous saisit, il n’est plus question de tout cela, et la quête du surnom affectueux reprend. Quel sera votre préféré cette nuit quand vous vous enfoncerez trop profondément dans ma gorge pour vous y déverser ? Putain ? Vous pouvez le répéter encore, c’est une prière que j’aime à l’infini. Et au réveil, quand vous m’aurez mise à quatre pattes dans les draps pour me dilater longuement ? Salope ? Ma litanie préférée. Je n’en rougis plus, et vous le savez.

Je souris seulement, nous connaissons tous les deux le poids des mots et leur vérité. Nous connaissons aussi chacun notre respect et notre valeur. Si vous pouvez me surnommer ainsi, c’est parce que je n’ai jamais eu la tête aussi haute, le port aussi altier et le regard aussi fier. Dès la première minute, vous avez aimé cela chez moi, je le sais. J’ai eu ce besoin immédiat de vous montrer à quel point j’avais confiance, comme tout était clair et comme j’étais solide… Il fallait bien que je sois forte, pour que vous puissiez m’abaisser là où le vouliez. Alors il n’y a eu aucun doute. Ou peut-être un seul, au fur et à mesure, celui du jeu…

Oh, mon tendre amant, c’est un jeu bien dangereux auquel nous jouons quand je déchiffre sur votre visage la dureté la plus sérieuse du monde à l’instant de l’humiliation inattendue. Bien sûr, j’ai mon Joker en poche, mais si je devais l’utiliser le mal serait déjà fait n’est-ce pas ? Il nous faut déjà davantage, et les risques augmentent. Vous avez peur de mes réactions, mais je vous tente.

Un mot vous échappe, « chienne ». Ce n’est plus vraiment humiliant, la chienne a pris ses marques de noblesse dans la fidélité et la dégradation choisie. Vous souriez, je suis allongée doucement contre vous et mes mains vous caressent distraitement pendant que nous parlons. La chienne se fait traîner à quatre pattes parfois, c’est vrai, mais l’animal ne déshonore pas entièrement la femme. Elle est humaine de compagnie, chérie et choyée. Non, cela ne vous intéresse pas.

Vous saisissez mes cheveux, vos yeux dans les miens et je halète déjà, dans l’anticipation de votre vulgarité qui me brûle pourtant si fort à l’instant où elle s’abat. Vous me désignez votre queue du regard. « Branle, truie ». Vous maîtrisez à la perfection l’art du surnom affectueux, et moi je m’exécute sans pouvoir prononcer un mot de réponse.