Rouge photographique

La photo a été envoyée par @AmazoneVibes à @Saint_Michel et moi-même avec comme défi d’écrire un petit texte pour accompagner ladite photo… Chacun de notre côté et sans communiquer sur nos textes avant publication. Et comme je suis joueuse… Voici le résultat. Par ailleurs, vous pouvez lire le texte de mon complice de mots juste ici : https://antoinesaintmichel.wordpress.com/2018/01/29/une-rencontre/)

Amazone blog

Je suis restée silencieuse tout le long de ce moment où il t’a prise en photo, avant de te prendre toute entière. Tu étais belle, rouge jusqu’au bout des seins. Rouges aussi étaient ses mains, pour prendre la photo, si près de toi.

Je crois que c’était une excuse pour que son front touche presque le tien, et il t’a offert un sourire en coin que tu as su parfaitement déchiffrer en même temps que moi. Tu l’as laissé faire.

De mon siège, à quelques mètres de vous, je voyais vos deux ombres se dessiner clairement autour de la lampe, teintées de pourpre. Je distinguais chaque trait, chaque creux de vos visages appuyés. Il n’y a eu aucun mot échangé ni entre vous ni entre nous.

J’ai entendu avec un plaisir indicible le petit bruit de l’appareil photo se déclencher, en imaginant déjà la photographie entre tes mains. En la regardant, on y verrait la modèle et le photographe. Il n’y aurait aucun signe de moi, de celle qui avait fait exister pourtant la scène.

Il a posé l’appareil photo sur la table du salon et c’est moi encore qui ai vu ses gestes tendres et son corps creuser tes reins. Tu frémissais et le rouge te rendait plus éclatante que jamais….

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Jolie fleur

Pour aujourd’hui, je joue à la jolie fleur que tu as cueillie et que tu exposes fièrement à ton bras dans la rue, pour m’accorder à ton beau costume et parce que ma robe rouge va si bien avec ta cravate. Je ne portais pas de rouge avant de te connaître, je n’étais pas capable d’attirer sur moi les regards et d’affirmer ce que je suis. Je me pose cette question depuis toujours : « qui suis-je » ? Elle est invariablement suivie de celle-ci : « Quels sont mes désirs ? »

Alors je joue en rouge, et je suis finalement avec toi la somme de tous mes jeux et de tous les mots que je prononce. Mes envies sont celles que j’ai désormais le droit d’exprimer à voix haute, que j’ai le droit de réaliser, que j’ai le droit d’aimer ou de ne pas aimer. Et toi tu es celui qui tient mon bras, qui me rattrape quand je tombe et qui me fait marcher aussi en me tenant du bout des doigts.

Quel est le jeu aujourd’hui ? De quoi ai-je envie ? Monsieur travaille, il a mille rendez-vous professionnels. Et moi j’ai faim, tu le sais, j’ai toujours faim de toi. Ne me délaisse pas, offre-moi cette journée avec toi. Je serai ta fleur à chaque heure, la fleur rouge qui t’attend à la sortie après chaque rendez-vous, qui te suivra avec le sourire que tu aimes jusqu’au prochain. Je saurai être patiente juste pour toi, pour ton regard de bonheur lorsque tu sortiras et poseras tes yeux sur moi.

Je suis d’humeur tendre.

Au lieu de cela, tu m’as offert six heures de ta cruauté la plus délicieuse, par dix minutes entre chaque heure pour chaque client exigeant et désagréable.

A la fin de la première heure, je suis seulement restée dix minutes à genoux, la bouche grande ouverte avec tes commentaires humiliants sur son utilité à venir.

A la fin de la seconde heure, tu m’as agrippée par les cheveux, toujours à genoux, et j’ai tenu avec ta queue tout au bord de ma bouche ouverte, qui effleurait parfois mes lèvres.

A la fin de la troisième heure, tu l’as enfoncée une seule fois en m’interdisant un seul mouvement et j’ai bavé sur ta queue tout le temps que tu me regardais.

A la fin de la quatrième heure, tu as plaqué mon visage sur tes couilles puis ton cul et j’ai léché sans m’arrêter en haletant.

A la fin de la cinquième heure, enfin j’ai pu sucer, longuement, profondément, à en faire couler le maquillage de mes yeux que je n’ai pas pu essuyer.

A la fin de la sixième heure, tu as éjaculé sur ma gorge et mon décolleté.

Je suis repartie à ton bras sans me nettoyer, la tête haute et un sourire planant sur les lèvres. Le soir, nous avons fêté une journée de travail efficace et satisfaisante.

Oulimots de janvier

Contraintes : Déserter, lisière, falaise, zodiaque, indifférent, ondine, lame, réponse, sinueux.

Elle avait lu sa lettre pour la première fois tout au bord de la falaise, face à l’océan, le visage blême. Comme dans les romans d’amour qu’elle lisait depuis sa plus tendre enfance, les éléments s’étaient déchaînés en même temps que son cœur et elle s’était vue soudain en héroïne au destin contrarié, esclave de son malheur et dans sa descente aux enfers. Contre la pierre noire, elle avait filé ses collants puis les avait déchirés de ses mains avant de rentrer en courant, les jambes nues et blanches tremblantes battues par la pluie.

Depuis ce moment si proche du vide, elle l’avait relue cent fois encore, sans savoir quelle réponse elle aurait bien pu lui faire, sans savoir que dire face à un adieu aussi plein de reproches et de haine. Aujourd’hui encore, que le soleil était radieux et qu’elle était assise sur un banc public ordinaire, son esprit était tourmenté. Les cauchemars ne la quittaient pas, et ils se mêlaient chaque jour d’une violence qui lui avait été inconnue jusqu’ici. Elle avait parfois aimé des hommes, ils la laissaient désormais indifférente et eux n’avaient jamais été une source de malheur. Mais elle, elle, la fée, l’ondine, la sorcière, lui avait fait découvrir ce sentiment aussi détestable qu’intense de possession.

Pour la première fois, dans son âme sinueuse s’était imposée une vision de femme, la vision de sa rousseur éclatante, de ses cuisses pâles ouvertes, de sa bouche rouge avide, de cette zone délicate à la lisière de son sexe foisonnant. L’obsession tendre était devenue ravageuse, lui faisant déserter toute raison. Fatalement, elle l’avait désirée pour elle seule, comme amour et animal attaché pour toujours puisque le destin les avait réunies aussi sûrement que les constellations du zodiaque tournaient chaque nuit dans le ciel.

Elle l’avait aimée et aujourd’hui, ses rêves la montraient les seins lacérés par une lame sombre qui faisait couler le sang puis tranchait mèche après mèche sa belle chevelure cuivrée. Ses attributs de femme mouraient sous le couteau et elle jouissait pourtant, sa figure figée dans l’extase et les tourments funèbres.

Contraintes : pâtes, volupté, extase, tendresse, créativité, rondeurs, baisers, fougue, secret.

Parfois, je suis vide et mon esprit s’arrête. Je n’y arrive plus. Le bonheur disparaît, avec elle mes souffles, ma créativité de mots et ma capacité à sourire. Pourtant, je me concentre très fort chaque jour pour sourire, parce que tout le monde aime mon sourire, celui que j’offre même dans l’extase sincère sans le quitter des yeux.

Il y a ces moments dont la fougue parvient à me convaincre que j’existe, que je suis cette personne qu’il peut désirer, qui plaît et qui mérite l’infinie tendresse. Oui, dans ses bras je regarde le miroir et le reflet qui parvient à mes pupilles ne me révulse pas. Je suis capable, alors, de soutenir les rondeurs qui m’horrifiaient autrefois. Je peux encore, face à mon double, le laisser me couvrir de baisers entre mes cuisses que je fermais si obstinément jadis.

Mais parfois, la volupté se refuse à moi -ou bien est-ce moi qui me refuse à elle ?- et alors mon âme redevient fuyante et incertaine, aussi inconsistante que ces pâtes colorées pour enfants que l’on modèle à volonté. Il n’y a de secret que celui-ci, mon sourire est parfois un mensonge.

Contraintes : Nougat, caduc, fumerolle, poinçonneur, rédhibitoire, phénoménologie, manivelle, méat, strapontin.

Le rideau est tombé depuis plusieurs minutes déjà pour dévoiler une scène inondée de lumières par une grosse machinerie. Le silence est total lorsque je sens une présence envahissante sur mon côté droit. C’est un homme en costume, cheveux longs châtains parfaitement coiffés, qui se confond en chuchotements d’excuses. Il s’installe sur le strapontin rouge juste à côté de mon siège et je lui souris avant de reporter mon attention sur la pièce de théâtre qui s’enchaîne devant moi, texte classique mais gros moyens et costumes extravagants. Rédhibitoire. Je sens pointer l’ennui et le regret d’avoir confié mon billet au charmant poinçonneur à l’entrée de la salle. Trois heures annoncées et déjà mes pensées s’égarent malgré les nougats que j’étrenne sous mes doigts, péché mignon réservé au théâtre en solitaire et plaisir coupable de sucre.

J’ai l’impression que le noir et le silence pourraient me faire m’assoupir en une minute, alors que les fumerolles qui envahissent régulièrement le plateau en effets de lumière me poussent à la rêverie. C’est moi que j’imagine nue sur la scène, dont le toucher est si particulier lorsque je m’y allonge et m’expose. L’homme aux cheveux longs et tous les autres regardent, et nous sommes reliés les uns aux autres presque physiquement en un long méat de conscience. Comme dans mes rêves de trop jeune fille, je suis mise au centre des attentions et des désirs par la lumière devenue vulgaire et calculée grâce à la lourde manivelle. Sexe, théâtre et phénoménologie de nos états combinés, je pars loin dans mon esprit. Brutalement, les cris violents des acteurs qui surjouent me ramènent sur terre. Je soupire. Le fantasme est caduc, mais j’ai un voisin qui me sourit et fixe ma gorge, troublé.

Contraintes : Peuple, pénurie, contrainte, guetter, proposition, source, nouveau, envoyer, joie.

Mon peuple de femmes s’ennuie. Nous sommes les nymphes guidées par Diane dans la nouvelle forêt de rues et d’immeubles qui est la nôtre aujourd’hui que nous ne chassons plus dans les bois. Autrefois, nous jouions à notre source fraîche et nous faisions venir des hommes pour nous distraire et parfois pour leur plaire. Les clairières et les rivières résonnaient de nos cris de ravissement et de nos rires partagés, nous vivions nues et ils nous offraient le plaisir comme l’amour.

A présent, nos satyres préférés ont disparu. Il ne se trouve plus si aisément de sexes virils capables de nous honorer. La pénurie nous guette. Nous voici contraintes de délaisser les hommes et de parcourir le monde sans eux. Nous grandissons et vieillissons loin d’eux, un univers nouveau s’offre à nous. Il nous rend belles et libres dans une joie différente de celle des jours anciens.

Parfois, pourtant, nous retrouvons l’envie et la curiosité d’aller chasser en groupe. Alors nous envoyons plusieurs d’entre nous formuler d’indécentes propositions aux hommes qui croisent notre chemin et font la promesse d’offrandes de sperme et de plaisir. Nous les laissons croire qu’il y a besoin de nous payer pour ne pas les troubler dans leur vision des désirs féminins et nous les utilisons l’espace de quelques heures. Ils pensent être rois avec leurs putes, nous sommes reines avec nos mâles.

 

Blason & Prétérition

Je m’exerce volontiers à tous les genres littéraires et mon penchant prononcé pour la bienveillance et les déclarations presque enflammées me fait régulièrement pencher pour l’éloge. J’aime mes amants, toi, toi, toi, toi et toi, toi aussi (oui, évidemment que j’exagère sur le nombre de « toi ») et toi qui ne me lis pas. Mais je me refuse à l’exercice de style que je lis régulièrement et qui consister en un blason de la bite de l’amant, de l’amour ou encore du maître.

Non, je ne glorifierai pas vos queues, aussi grosses ou merveilleuses ou douces ou sensibles ou belles ou dotées de leur intelligence propre (si, si, parfois on finit par le croire), ou aussi splendidement vigoureuses et magiques soient-elles.

Non, je n’utiliserai pas ce moyen vil de flatter vos egos en m’étalant en public sur le cumul extraordinaire des orgasmes obtenus de quelques coups de bites formidables, ni sur l’émotion provoquée, comparable à une grâce divine ou à une extase mystique.

Non, je ne m’étalerai pas sur toutes les qualités naturelles et surnaturelles de vos verges dans un vocabulaire dithyrambique en m’extasiant sur l’insigne honneur que vous me faites à chaque fois que votre vît daigne visiter ma chatte ou ma bouche ou forcer mon cul.

En revanche, je pourrais faire l’éloge subtil et égotique de mon clitoris et écrire à la gloire de mon plaisir à moi. Parce que, bordel, mon clitoris est beau, magique, doux, doué de son intelligence propre (mais si, puisque je vous le dis). Il est bien dissimulé entre mes chairs, rouge et dressé quand il réclame impérieusement toute l’attention qu’il mérite. Son fonctionnement vous semble parfois curieux, mais maintenant vous savez comme je cède vite sous les caresses que vous lui infligez alors que je ne me savais pas capable de vous laisser me toucher, vraiment, là.

Mon clitoris est moins évident que vos membres érigés mais puisque vous êtes mes amants, il m’est impossible d’insulter votre honneur en vous résumant à cet appendice, pour agréable qu’il soit. Ainsi, mon éloge pour aujourd’hui se résumera à cette dernière phrase -j’en chuchoterai d’autres un jour prochain-, vous ne pouvez pas être gâtés tous les jours.

Ecris-moi

Il y a une chambre, du parquet clair, dans un coin une chemise roulée en boule qui sent le foutre. Plusieurs livres traînent sur les tables de chevet. Tout le mobilier est en bois. Un vieux papier peint est rose et défraîchi, quelques traces de scotch sur les murs et des étagères avec d’autres livres, des livres d’adolescents. Le lit est haut et il semble tout l’espace de la pièce, la couette est grise. C’est une chambre qui a l’air d’avoir une longue histoire.

La chaîne est attachée à une latte sous le matelas, reliée à ses deux chevilles puis à sa gorge exposée. Elle dort sur la couette, inclinée sur le côté droit, la tête légèrement basculée en arrière, nue, les deux mains agrippées à l’oreiller. Avec précautions, il a enlevé ses lunettes quand elle a plongé dans le sommeil. Il garde les siennes parce qu’il la regarde dormir, elle est belle et sereine. Il compte les marques. Les bleus à ses genoux et ses cuisses, les zébrures rouges nettes sur ses fesses, les griffures désordonnées sur ses reins et ses hanches, les points presque mauves sur ses seins là où sa peau a comme éclaté, la trace de ses dents sur sa nuque. Il se demande à quoi elle rêve. Il a ce corps à portée de main et un sourire flottant de cruauté sur les lèvres.

Il est tôt encore. La nuit sera longue à venir mais elle a besoin de répit. Il a promis de prendre soin d’elle, à chaque instant. Alors il veille à ne pas l’arracher au sommeil, dans sa tendresse intéressée mais sincère. Sur la table de chevet, il saisit un gros feutre noir préparé tout exprès. La pointe glisse tout doucement sur son flanc gauche, elle ne bouge pas. « Salope ». Sur son dos, le long de sa colonne vertébrale, il trace encore. « Tu es ma petite putain ». Sa respiration est lente, calme. Il tourne autour d’elle, « Ma soumise » vient orner sa clavicule juste au-dessus de ses seins. Les reins. « Truie ». La cuisse. « Bonne à baiser ». Il se dirige vers le ventre. « Chienne à enculer ». Et lorsqu’au creux de son poignet, il ajoute ses mots d’amour préférés, il ne peut pas voir qu’elle sourit tout en gardant les yeux fermés.

Lorsqu’elle s’éveillera pour de bon, elle contemplera les mots accumulés sur son corps et rougira à chaque découverte. Il lui dira comme elle est obscène et indécente, délicieuse à abuser dans son inconscience. Elle le traitera de salaud en l’embrassant et elle serrera son poignet avec le sourire qu’il aime, mutin et heureux. Il l’offrira à d’autres avec les marques et les traces de son appartenance et il la contemplera dans la fierté de sa possession. Il l’abaissera loin puis essuiera le foutre sur son visage avec une autre chemise. Ils contempleront ensemble les mots s’effacer sous l’eau puis ils dormiront pour de bon, l’un contre l’autre, dans la douceur des draps et la froideur des chaînes.

Gifles

Elle avait reçu plusieurs gifles, dans sa vie. Celles d’un faux presque maître auquel elle n’avait d’ailleurs jamais donné ce nom, qui avait fini par les considérer comme un moyen utile -quoique de dernière nécessité- de clore une discussion houleuse. Il en arrivait une de temps en temps, suivie d’excuses maladroitement formulées. Elle avait eu un peu peur quand elle avait commencé à avoir des mouvements de recul et d’anticipation.

Puis celles intenses et violentes de l’amant qui les faisait arriver sans les compter, dans le plaisir brut et libérateur car incontrôlé. Elle les avait aimées immédiatement, grognant, les joues brûlantes, mue par l’envie de répliquer et de se battre comme un animal enragé.

Elle découvrit le contrôle pur de deux gifles parfaitement maîtrisées s’abattant à gauche puis à droite un matin ensoleillé où elle sortait de la douche. Il ne lui tendait pas son peignoir. Elle mima la princesse contrariée. Puis ouvrit la bouche sous la surprise. Il n’était pas censé la gifler, il n’était jamais dans cette violence physique là envers elle, semblait même plutôt y répugner. Bien sûr, la surprise sur ses lèvres disparut immédiatement en un lent sourire. Fierté de soumise, naturellement. Il avait eu envie de le faire, elle lui avait donné envie. Elle avait pu voir le plaisir sadique sur son visage concentré, tourné tout entier vers ce geste précis.

A l’exact inverse d’elle qui s’ouvrait et s’offrait dans le plaisir de la douleur, quand le désir de faire mal s’emparait de lui, il se fermait totalement dans une frénésie qui ne s’exprimait que parfois par de légers tremblements. Son regard, alors, devenait presque effrayant et sa bouche se tordait alors qu’il serrait sa mâchoire en une promesse cruelle.

Les deux gifles revinrent plusieurs fois dans leurs moments de bonheur, toujours ce chiffre et le même ordre. Elle les reçut comme des gages de la confiance qu’il avait en elle, comme des cadeaux précieux à chérir.

Ode à l’amant idéal

L’amant idéal a l’accueil chaleureux, il sait me mettre à l’aise. Il pense toujours au plaid sous mes genoux quand il me fait sucer sa queue, ou à tenir ma tête pour que je ne me cogne pas contre l’accoudoir du canapé quand il m’y prend à quatre pattes. Un verre d’eau quand ma gorge fatigue d’avoir été usée par lui et eux, une clémentine glissée dans une poche pour lutter contre l’hiver.

Il se fiche de la couleur de mes sous-vêtements ou de la longueur de ma jupe, de mes choix de collants ou de mon absence de rouge à lèvres. Il ne m’en veut pas quand j’arrive en hâte pour un quart d’heure de baisers charmants et qu’il n’y a pas le temps pour plus, parce qu’il aime ma bouche. Je ne lui en veux jamais quand il n’a qu’une demi-heure à me consacrer, parce que trente minutes ça fait beaucoup de coups de reins délicieux.

L’amant idéal est un gentleman, il sait comment me baiser à la perfection et me demande toujours très poliment où je veux son foutre lorsqu’il est l’heure de partir. Il se préoccupe de mon plaisir à l’extrême, il a la langue joueuse et les mains baladeuses en toutes circonstances. Sa queue est toujours dressée pour moi, pour tout le temps qu’elle m’appartient. Il sait comment m’enculer pour me dire bonjour, et aussi pour me dire au revoir, parfois très lentement pour commencer mais toujours très fort pour finir.

Il ne demande rien de plus que la sincérité de mon corps sous le sien, la sincérité tout court. Elle est précieuse. L’amant idéal rend les choses simples, puisqu’il sait me sourire et qu’il prend tout ce que j’ai à offrir. Il me trouve belle nue, couverte de foutre et de celui d’un autre, belle aussi sous la douche lorsqu’il me lave les cheveux pour que je retrouve l’apparence qui convient au sortir de chez lui. Il sait trouver d’autres amants idéaux, qui ont eux aussi la politesse de m’offrir tout ce que j’aime. Nous partageons toujours, à deux ou plusieurs, jusqu’à l’épuisement délicieux des corps.

L’amant idéal a plein d’amantes idéales, plus belles et plus douces, j’aime sa liberté car elle le mène à moi, juste moi, de temps en temps, parfois, souvent.

(Je sais flatter ton ego, tu vois. C’est pour te mettre dans mon lit. On baise maintenant ?)

De l’art du surnom affectueux

Nous sommes passés maître et maîtresse il y a peu dans l’art des surnoms affectueux, de ceux qui gonflent l’âme à chaque mot susurré au creux des draps. Tous les adjectifs y passent, du matin jusqu’au soir, et nous mettons du cœur à l’ouvrage lorsqu’il s’agit de trouver de nouvelles douceurs à se murmurer au milieu des tourments du désir.

Nous sommes chers, tendres, beaux, doux, aimés, nous nous complimentons sur tous les tons. C’est un petit plaisir comme il en existe d’autres, il est un peu secret et cela lui fait garder son charme.

Mais quand le plaisir vous saisit, il n’est plus question de tout cela, et la quête du surnom affectueux reprend. Quel sera votre préféré cette nuit quand vous vous enfoncerez trop profondément dans ma gorge pour vous y déverser ? Putain ? Vous pouvez le répéter encore, c’est une prière que j’aime à l’infini. Et au réveil, quand vous m’aurez mise à quatre pattes dans les draps pour me dilater longuement ? Salope ? Ma litanie préférée. Je n’en rougis plus, et vous le savez.

Je souris seulement, nous connaissons tous les deux le poids des mots et leur vérité. Nous connaissons aussi chacun notre respect et notre valeur. Si vous pouvez me surnommer ainsi, c’est parce que je n’ai jamais eu la tête aussi haute, le port aussi altier et le regard aussi fier. Dès la première minute, vous avez aimé cela chez moi, je le sais. J’ai eu ce besoin immédiat de vous montrer à quel point j’avais confiance, comme tout était clair et comme j’étais solide… Il fallait bien que je sois forte, pour que vous puissiez m’abaisser là où le vouliez. Alors il n’y a eu aucun doute. Ou peut-être un seul, au fur et à mesure, celui du jeu…

Oh, mon tendre amant, c’est un jeu bien dangereux auquel nous jouons quand je déchiffre sur votre visage la dureté la plus sérieuse du monde à l’instant de l’humiliation inattendue. Bien sûr, j’ai mon Joker en poche, mais si je devais l’utiliser le mal serait déjà fait n’est-ce pas ? Il nous faut déjà davantage, et les risques augmentent. Vous avez peur de mes réactions, mais je vous tente.

Un mot vous échappe, « chienne ». Ce n’est plus vraiment humiliant, la chienne a pris ses marques de noblesse dans la fidélité et la dégradation choisie. Vous souriez, je suis allongée doucement contre vous et mes mains vous caressent distraitement pendant que nous parlons. La chienne se fait traîner à quatre pattes parfois, c’est vrai, mais l’animal ne déshonore pas entièrement la femme. Elle est humaine de compagnie, chérie et choyée. Non, cela ne vous intéresse pas.

Vous saisissez mes cheveux, vos yeux dans les miens et je halète déjà, dans l’anticipation de votre vulgarité qui me brûle pourtant si fort à l’instant où elle s’abat. Vous me désignez votre queue du regard. « Branle, truie ». Vous maîtrisez à la perfection l’art du surnom affectueux, et moi je m’exécute sans pouvoir prononcer un mot de réponse.