De l’art du surnom affectueux

Nous sommes passés maître et maîtresse il y a peu dans l’art des surnoms affectueux, de ceux qui gonflent l’âme à chaque mot susurré au creux des draps. Tous les adjectifs y passent, du matin jusqu’au soir, et nous mettons du cœur à l’ouvrage lorsqu’il s’agit de trouver de nouvelles douceurs à se murmurer au milieu des tourments du désir.

Nous sommes chers, tendres, beaux, doux, aimés, nous nous complimentons sur tous les tons. C’est un petit plaisir comme il en existe d’autres, il est un peu secret et cela lui fait garder son charme.

Mais quand le plaisir vous saisit, il n’est plus question de tout cela, et la quête du surnom affectueux reprend. Quel sera votre préféré cette nuit quand vous vous enfoncerez trop profondément dans ma gorge pour vous y déverser ? Putain ? Vous pouvez le répéter encore, c’est une prière que j’aime à l’infini. Et au réveil, quand vous m’aurez mise à quatre pattes dans les draps pour me dilater longuement ? Salope ? Ma litanie préférée. Je n’en rougis plus, et vous le savez.

Je souris seulement, nous connaissons tous les deux le poids des mots et leur vérité. Nous connaissons aussi chacun notre respect et notre valeur. Si vous pouvez me surnommer ainsi, c’est parce que je n’ai jamais eu la tête aussi haute, le port aussi altier et le regard aussi fier. Dès la première minute, vous avez aimé cela chez moi, je le sais. J’ai eu ce besoin immédiat de vous montrer à quel point j’avais confiance, comme tout était clair et comme j’étais solide… Il fallait bien que je sois forte, pour que vous puissiez m’abaisser là où le vouliez. Alors il n’y a eu aucun doute. Ou peut-être un seul, au fur et à mesure, celui du jeu…

Oh, mon tendre amant, c’est un jeu bien dangereux auquel nous jouons quand je déchiffre sur votre visage la dureté la plus sérieuse du monde à l’instant de l’humiliation inattendue. Bien sûr, j’ai mon Joker en poche, mais si je devais l’utiliser le mal serait déjà fait n’est-ce pas ? Il nous faut déjà davantage, et les risques augmentent. Vous avez peur de mes réactions, mais je vous tente.

Un mot vous échappe, « chienne ». Ce n’est plus vraiment humiliant, la chienne a pris ses marques de noblesse dans la fidélité et la dégradation choisie. Vous souriez, je suis allongée doucement contre vous et mes mains vous caressent distraitement pendant que nous parlons. La chienne se fait traîner à quatre pattes parfois, c’est vrai, mais l’animal ne déshonore pas entièrement la femme. Elle est humaine de compagnie, chérie et choyée. Non, cela ne vous intéresse pas.

Vous saisissez mes cheveux, vos yeux dans les miens et je halète déjà, dans l’anticipation de votre vulgarité qui me brûle pourtant si fort à l’instant où elle s’abat. Vous me désignez votre queue du regard. « Branle, truie ». Vous maîtrisez à la perfection l’art du surnom affectueux, et moi je m’exécute sans pouvoir prononcer un mot de réponse.

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