La honte – partie II

Louise s’est endormie sur le canapé, c’est le soleil pressé du matin qui la réveille. La tasse de thé glacé est encore à moitié pleine et le livre est tombé sur le tapis clair. Les grandes baies vitrées du salon n’ont que des voilages rosés pour filtrer la lumière déjà vive. Elle ne porte qu’un tee-shirt blanc qui tombe sur ses cuisses, il fait trop chaud depuis un mois déjà pour dormir autrement chez soi. Dans le sursaut du réveil, elle sent l’humidité qui s’est emparée d’elle. La sueur embrase sa nuque, mouillant ses cheveux. Le bas de son ventre est un monde entier qui palpite et s’humidifie dans le désir. Elle pense à O et à son abandon dans les bras des hommes. Ce « O » résonne comme une boucle infinie dans la perfection de l’obéissance et l’ouverture du corps. Elle l’envie. C’est un personnage irréel, son existence n’a pas de sens, mais elle envie cette O qui vit, qui assume jusqu’au bout la part en elle qui révèle son besoin de soumission.

Dans le désir qui la saisit, elle agrippe entre ses doigts sa chair mouillée, à pleines mains, comme pour sentir dans sa plénitude le constat de cette excitation à laquelle elle ne peut pas échapper. Louise halète et gémit, sans savoir exactement par quel morceau de fantasme commencer son voyage de jouissance, les yeux fermés pour échapper à la lumière trop éclatante pour l’inavouable qui se joue entre ses cuisses. Les scènes du roman s’imposent dans son esprit. Elle est la O qui souffre d’avoir les reins creusés par d’autres chairs trop multiples, qui ne parle pas mais subit dans une litanie de soupirs et de suppliques. Elle n’imagine ni René ni Stephen, seulement les valets anonymes qui marquent la cruauté gratuite et le sadisme fou.

Elle aussi croit devenir folle. La jouissance refuse de venir dans la tendresse. Elle peut se caresser longtemps et essayer de retrouver des pensées douces dans l’amour passion, le plaisir existe mais ne monte jamais à son paroxysme. Elle essaie cent fois et son corps brûle des flux et reflux qui l’amènent au bord. L’orgasme qu’elle s’arrache est une libération en spasmes qu’elle tait dans le coussin serré dans ses bras, en une pensée trouble de son propre viol qu’elle réclame en criant. Son esprit file, interroge la gravité de l’acte. Elle a le droit, peut-être. Elle n’a encore rien fait, seulement pensé, c’est la seule faute. Mais si le livre existe, c’est que d’autres pensent et dépassent la honte pour trouver le plaisir qui se cache derrière.

Loin de la bibliothèque, Louise trouve dans l’après-midi d’autres ressources pour trouver les réponses à ses questions. Derrière le vieil ordinateur et une fenêtre ouverte en connexion privée, comme une adolescente craintive de la faute à venir, elle fait ses recherches. Elle n’a pas quitté son tee-shirt blanc, à chaque pas dans la maison elle sent la moiteur de son sexe en bruits obscènes. Assise sur la chaise, elle serre les cuisses pour ne pas jouer avec les fils visqueux qui s’étirent comme autant de révélateurs de ses vices à peine assouvis. Comme toujours, la jouissance la laisse insatisfaite, tourmentée et insatiable encore de sensations plus fortes. Elle s’interdit pourtant de recommencer et fait rationaliser son cerveau. Quelques mots-clés, des blogs de femmes aux photos vulgaires et inesthétiques, des témoignages. Curieusement, elle ne lit que du plaisir et de la découverte, dans leurs mots maladroits mais sincères. Et les heures filent tandis que d’autres initiales complètent le O…

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