Elle, son rire, son monstre.

La scène pourrait se dérouler n’importe où. Dans un motel au bord de l’autoroute, dans une chambre d’étudiante en province, dans un appartement parisien luxueux, sur un matelas posé à même le sol ou un grand lit blanc confortable.

Les protagonistes, eux, ne sont pas vraiment n’importe qui. Ils ne peuvent pas être deux amants de passage réunis pour une nuit. Ils se connaissent par cœur, de cœur. Mais elle est peut-être blonde, ou rousse, il est peut-être grand, avec une barbe, ou avec des lunettes. Dans l’obscurité, il est difficile de les distinguer. Ils échangent tout juste quelques mots, ou ils chuchotent si bas qu’il s’entendent à peine. Ils s’agrippent.

Elle, le cœur au bord du sourire, le rire qui déborde des lèvres. Elle bascule, poignets cerclés de noir. Elle est nue, rougie, cambrée dans tous les sens qui exposent son corps. Coup après coup, son cerveau sature. Elle vrille sur demande, il appuie sur tous les interrupteurs puis la réclame sensée à nouveau. Une seconde. Oui, encore. Une seconde et une phrase construite parfaitement maîtrisée pour formuler consciemment son désir. Elle s’étonne elle-même de la force qui se déploie dans sa douleur. Elle pourrait rire, plus fort. Aucune larme ne vient. Leurs yeux ne se lâchent pas, surtout pas. Elle ne peut pas faire autrement que réclamer, toujours, et le plaisir masochiste fait voler en éclats l’obéissance soumise. Elle est indifférente à son propre sexe.

Comme elle voit se dérouler devant elle un horizon infini dans l’abandon à la souffrance, elle reste hébétée. Elle lui fait peur, c’est vrai, elle se fait peur aussi. Elle lit le doute dans son regard entre deux salves qu’il lui accorde avec un air de folie qui grandit comme grandit en elle une puissance souterraine, jusqu’alors tapie et en sommeil. Il lui vient le besoin grandissant de grogner et rouler au sol ; il se joue une partie cruciale entre ce qu’ils ne disent pas mais perçoivent de manière extrêmement précise. Ses yeux hurlent. Brise-moi. Il doit remporter cette victoire, elle le sait. Il n’attend que son autorisation. Ils doivent s’arracher les monstres hors de leur âme, ceux qui les font trembler dans l’instant d’attente qu’il contrôle pour gagner.

Il sent la peur, prégnante, qui croît, qu’il pousse à son paroxysme. Elle s’abandonne dans ses bras jusqu’à la dernière consolation et, la terreur éteinte dans les baisers, offre ses cuisses à sa bouche. C’est une mare de désir mêlée d’urine, âcre, son don de femme libre.

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