Lettre #2

Ma chère Anna,

Je t’écris depuis mon lit, je suis malade en plein été ! C’est à n’y rien comprendre mais cela me fait une excuse pour prendre le temps de t’écrire malgré les maux de crâne et la fatigue. Je suis chez mes parents et profite du jardin. Je me souviens de ce que tu m’as dit autrefois lorsque nous parlions des fleurs ; il faut simplement les aimer, et cela suffira à les rendre belles et fortes. Alors j’essaie.

Tu es une fleur aussi, Anna. Pas une rose, j’ai retenu ! Tu ne peux pas être si commune ! Pour toi, c’est la pivoine, on le sait. J’arrête mes métaphores de fausse poète, promis. Juste un dernier fruit pour toi, en plus de la mangue. Les grenades, de Paul Valéry. Je pense que tu connais déjà mais ce n’est rien !

Dures grenades entr’ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !

Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-bâillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que l’or sec de l’écorce
À la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.

Je veux pour cette fois une lettre plus légère, qui passe la barrière de la tristesse, et parce que je veux des sourires sur tes lèvres.

J’ai quitté Nice et la propriétaire de l’appartement. Tu l’aurais adoré ! Tout en blanc et en gris clair, avec une jolie terrasse. Mais tu aurais fait la même tête que moi devant sa bibliothèque et sa chambre. Fifty Shades et Twilight, sans compter un livre pour découvrir l’énergie sexuelle féminine rempli de clichés sur la féminité. On l’aurait parcouru en riant. Les pénétrations sexuelles se comptent par 9 et doivent varier en intensité. Tu es priée de compter la prochaine fois. Elle avait aussi laissé un masque rouge qui dépassait d’une boîte et tout un tas de sous-vêtements affriolants. Il y avait une photo d’elle et de ses seins dans la salle de bains.

J’ai donc quitté la mer presque en même temps que tu es partie, et les vagues se transforment en remous pour l’esprit. J’ai retrouvé un lac plus paisible et son calme plat, un soleil moins vif. Le mois d’août sera plus propice à l’écriture. Je promets de te submerger de mots !

Sois heureuse et ne cesse jamais d’écrire.
Laisse-moi t’embrasser juste un peu, pour que je puisse retrouver la mer sur ta bouche.

Bien à toi,

Ta O.

Advertisements

Lettre #1

Ma chère Anna,

Il est 7h47 et je suis allée faire un tour sur ton Bréviaire au petit jour, avec l’espoir d’y trouver un nouveau texte. Tes mots me manquent et je dois me faire à l’idée qu’il ne reste plus que les miens. Je dois me faire à l’idée de beaucoup de choses. Le quotidien perd de sa saveur sans toi. Je suis allée au marché hier, j’avais envie de t’écrire que je me suis brûlé les doigts en voulant manger trop vite ma socca et lire ta légèreté au sujet de ma gourmandise.

Je suis revenue sur terre, et le retour est douloureux. J’aimais nos folies. Je suis encore excessive, dans la peine cette fois…

J’ai ta carte postale dans un coin de ma valise sans savoir si je pourrai te l’envoyer un jour, mais j’ai promis. Elle te parviendra, même si cela doit attendre des mois. Au musée de la photographie, j’ai acheté un petit livre avec des photos d’Helmut Newton car il avait inauguré la première exposition du musée. Les photos me font toutes penser à toi.
J’ai aussi des photos du musée à te montrer. Des «  néréides » à Nice pour une sorte de concours de beauté, un couple qui se rate du regard, des danseurs de rue !

Je ne m’explique pas totalement le besoin de cette lettre. Je m’inquiète pour toi, ne pas savoir comment tu vas est un trouble que je déteste. Hier soir, J. m’a offert ses mots de bonne nuit car j’étais triste de ne pas avoir les tiens. Il prend au sérieux ce que tu lui as dit à mon sujet. PP a une gentillesse pleine d’amertume que tu ne sois plus là. F continue de m’envoyer chaque jour une photo pour me souhaiter une belle journée. Je ne pensais pas que tu leur avais vraiment dit de prendre soin de moi…

Tu me manques. Il n’y a plus personne pour m’appeler Noisette.
Je songe que les derniers mots que tu m’as fait lire sont ceux du beauf à la plage et de son regard lubrique. Il faudra que je les accorde avec les miens pour les publier ici. Notre premier texte à deux ! Curieux n’est pas ?

J’ai acheté cet après-midi deux livres de Marguerite Duras en passant dans une jolie librairie, j’avais envie de lire et de te retrouver ainsi. Je vais lire à la plage en souriant, seins nus.

Cette lettre est totalement décousue, écrite dans la journée par morceaux, tu me pardonneras ? J’espère que ta solitude n’est pas trop lourde et que tu en profites pour écrire tout ce dont tu as besoin et envie pour ton roman. Je crois en toi. Toujours. Tu réussiras ce que tu entreprends. Ne doute pas de toi. Je t’écrirai encore.

Bien à toi,

O.